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  • : Et si notre réponse au pic du pétrole, aux changements climatiques et aux crises économiques ressemblait plus à une fête qu'à une marche de protestation ?
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logo-transition-network.gifAth en Transition fait partie du Transition Network, avec plus de 1100 villes et territoires dans le monde. C'est une progression extraordinaire que le mouvement citoyen et mondial de la transition connaît depuis la fin 2006.

Le mouvement se structure maintenant aussi chez nous avec le Réseau Transition Wallonie - Bruxelles.

Agenda

24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 13:20

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Le 10 mars 2013,

Objet : Consultation citoyenne, l’avis des Initiatives de Transition.


Monsieur le Ministre,

 

En réponse à votre appel à la consultation citoyenne dans le cadre de la mise en place du futur code wallon de l’agriculture et de l’horticulture, nous souhaitons vous faire connaître nos actions et vous faire part de nos idées sur les orientations que notre agriculture devrait prendre face aux importants défis qui se présentent à nous.

 

Nous sommes membres du réseau des Initiatives de Transition de Wallonie et Bruxelles.

 

Les Initiatives de Transition sont des projets citoyens qui proposent de se préparer au changement et de mettre en place des solutions pour faire face aux deux principaux défis que sont le pic pétrolier (fin des énergies fossiles abondantes et bon marché) et les changements climatiques, ainsi qu’aux conséquences économiques et sociales qui en découlent. Face à ces perspectives, les Initiatives de Transition décident d’aller de l’avant et de mettre en place, ensemble et localement, des projets concrets pour anticiper ces futurs chocs afin d’en atténuer les effets et d’amorcer dès à présent la descente énergétique à laquelle nous devrons nécessairement nous contraindre. L’objectif premier du mouvement de la Transition est de construire le plus localement possible une meilleure résilience territoriale, c’est-à-dire une meilleure capacité à s’adapter aux changements brusques qui s’annoncent. Cette résilience passe notamment par une relocalisation de la production et de la transformation alimentaires et des autres productions, une réduction de nos consommations d’énergie et aussi par l’amélioration des liens entre habitants.

 

Né en Angleterre en 2006, le mouvement de la Transition s’est rapidement répandu et compte actuellement plus de 1000 initiatives de Transition officielles dans plus de 30 pays, dont la Belgique. Le réseau des Initiatives de Transition Wallonie-Bruxelles a pour objectif de mettre en lien les initiatives et diffuser les idées de la transition. En 2012, il a également organisé, avec le soutien des Amis de la Terre, des formations à l’attention des Initiatives de Transition ou des personnes qui souhaitent démarrer un projet.

 

Nous soutenons les orientations que vous souhaitez encourager pour l’agriculture wallonne à travers le futur code wallon de l’agriculture et de l’horticulture.

 

Plus particulièrement, au regard des perspectives énergétiques et environnementales qui se présentent, au vu de l’urgence de la situation, nous pensons qu’il est important d’accorder rapidement une attention particulière à certains points que nous vous exposons ci-après et au sujet desquels nous proposons de vous rencontrer pour  en discuter.

Deux contraintes majeures et incontournables

Nos systèmes alimentaires sont actuellement très dépendants des énergies fossiles, tant au niveau de la production (fertilisants, pesticides, mécanisation lourde) que de la distribution (transport, transformation, conditionnement, chaîne du froid…). Ce mode de fonctionnement n’est viable qu’à la condition de disposer d’une énergie abondante et bon marché. Or, le pétrole, qui est notre source d’énergie principale, voit sa production stagner depuis 2006-2007 (Rapport 2012 de l’Agence Internationale de l’Energie), et les prévisions tablent plutôt sur un déclin que sur un regain de production. En réalité, la fin des énergies bon marché est imminente. La situation de l’Europe, qui de ce point de vue dépend essentiellement des importations est particulièrement problématique, sachant qu’aucune alternative aux énergies fossiles n’est envisageable aux taux de consommation actuels. De plus, les changements climatiques nous imposent de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre (de 85 à 90 % avant 2050). Seul un changement rapide de modèle de société peut intégrer ces deux réalités. C’est ainsi que les Initiatives de Transition choisissent d’agir dès maintenant, à la base et dans les quartiers, en espérant construire un mouvement plus ample. Nous n’avons pas le temps d’attendre.

 

L’agriculture du futur, c’est-à-dire le modèle productif agricole qui répond à ces contraintes est un modèle basé sur une agriculture presque indépendante du pétrole, dont la longueur des chaînes d’approvisionnement devra nécessairement être réduite, avec une multiplication de petites entités de production agricoles et horticoles de type familial ou coopératif.

 

En Belgique, la souveraineté alimentaire locale n’existe presque plus. Les exploitations agricoles sont le plus souvent spécialisées vers la production céréalière ou l’élevage. Dans une perspective de réduction énergétique, la diversification des productions agricoles au sein d’une exploitation permet de réduire le transport en répondant aux besoins locaux. De plus, les systèmes mixtes permettent le retour au champ des matières organiques produites par l’élevage. La diversification et la relocalisation de la production crée des systèmes plus modulaires, et donc interchangeables et plus résilients. A ce titre, le projet “Ceinture aliment-terre liégeoise” est un bon exemple. Il a pour ambition de recréer un système alimentaire local à Liège, en impliquant les producteurs, les distributeurs, les transformateurs, les commerçants et les consommateurs, afin d’assurer une certaine résilience alimentaire à la population. Ce qui est la moindre des choses pour l’une des régions les plus fertiles du monde.

 

L’agroécologie est un modèle agricole qui répond aux enjeux, tant du point de vue énergétique qu’environnemental, social et climatique. Il conviendrait d’y accorder beaucoup plus d’intérêt en l’ intégrant aux programmes d’enseignement et en y consacrant une part importante des budgets de recherche. L’agriculture de demain demandera par ailleurs un nombre d’agriculteurs très important. Il y a donc urgence à former correctement et en nombre suffisant (et en moins de 10 ans), les agriculteurs et maraîchers de demain.

Agir sur l’offre et la demande

Un modèle agricole énergétiquement sobre implique la mise en place de circuits courts et la transformation plus localisée des productions agricoles. Aujourd’hui, la demande de produits locaux de qualité est réelle. Elle devrait garantir en outre à l’agriculteur un meilleur revenu que celui qu’il peut obtenir du produit brut, dépendant largement des prix du marché mondial et de la finance internationale. Nous pensons que tout ce qui peut soutenir, encadrer et encourager la transformation et la distribution locales des produits agricoles devrait être encouragé. Enfin, un changement des habitudes alimentaires devra également être entrepris. Sur cette question, les organismes publics peuvent jouer le rôle d’incitant par leurs choix alimentaires au niveau des collectivités (cantines, hôpitaux, maisons de repos,…) et en finançant le développement d’une communication ciblée, ou de projets locaux pilotes.

L’agriculture et notre cadre de vie

Alors que l’agriculture occupe près de la moitié du territoire wallon, le lien entre le consommateur et l’agriculteur a pour ainsi dire disparu. Peu de consommateurs font encore le lien entre ce qui se trouve dans leur assiette et le champ à côté de chez eux. Dans une agriculture plus locale, visant une souveraineté alimentaire, il sera nécessaire de retisser le lien entre producteurs et consommateurs. De plus, avec moins d’énergie, une implication des citoyens dans la production de leur alimentation devrait être intégrée aux modèles envisagés. Les groupements citoyens peuvent jouer un rôle important dans ce domaine (GAC, AMAP, GASAP, coopératives, etc.).

 

Du point de vue de nos écosystèmes, le rôle de l’agriculture est également prépondérant. Les choix que nous ferons en matière de modèles agricoles auront des conséquences directes sur la qualité de nos ressources en eau, de nos sols et du milieu naturel dans son ensemble. Là encore, nous pensons que des modèles agricoles plus proches des modes de fonctionnement naturels des écosystèmes, ayant recours à moins d’intrants, moins d’interventions mécanisées et plus respectueux de nos sols, comme l’agroécologie, doivent être encouragés.

L’agriculture et sa survie, l’agriculture et son encadrement

Le maintien et le développement de la population agricole est une condition indispensable à la réorientation de l’agriculture vers un modèle durable. Si aujourd’hui la nécessité de changement ne se fait pas encore ressentir nettement, nous pensons que des chocs majeurs apparaîtront dans les 5 à 10 prochaines années. Il s’agit donc réellement d’une urgence. Urgence de préserver et donner à nos agriculteurs la possibilité de se réorienter progressivement, de leur proposer des techniques adaptées, urgence aussi de former de jeunes producteurs et de leur permettre de se lancer dans la profession. Le secteur de la transformation doit également être encouragé, de même que les réseaux de distribution en circuit court. Il est important de ne plus voir seulement le problème de la production, mais de considérer l’ensemble du système alimentaire : production, transport, transformation et consommation sont les maillons d’un même ensemble. Changer l’un sans les autres n’a pas de sens et ne donnera pas de résultats tangibles.

 

De ce point de vue, le mouvement de la Transition étudie des modèles économiques qui peuvent accompagner le changement. Par exemple, le projet développé par le mouvement sous le nom de  REconomy project présente de nombreux exemples concrets de relocalisation de l’économie dans la perspective d’un futur sans pétrole.

Une agriculture multifonctionnelle

Une production agricole diversifiée qui réponde aux besoins locaux devra nécessairement accorder une place importante aux productions vivrières. Si la production agricole à des fins énergétiques (agrocarburants) peut s’envisager au niveau d’une exploitation agricole, pour répondre à ses propres besoins, elle ne doit pas entrer en concurrence avec les productions alimentaire, et doit être envisagée comme une solution transitoire vers une agriculture sans machines lourdes.

 

De nombreuses pistes allant dans ce sens sont proposées dans l’étude prospective de Pablo Servigne (Une agriculture sans pétrole. Pistes pour des systèmes alimentaires résilients. Barricade, 2012, disponible sur www.barricade.be) que vous trouverez ici et qui devrait être prochainement approfondie.

 

Nous sommes convaincus qu’un nouveau modèle agricole, permettant de répondre aux besoins des populations locales, de protéger le climat et de reconstruire les sols et les écosystèmes est possible. Notre crainte majeure est que ce changement arrive trop tard, à cause d’une sous-estimation de l’urgence liée à la situation énergétique et climatique.

 

En vous remerciant pour votre attention et sollicitant une rencontre pour mieux vous exposer nos idées et en discuter, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Ministre, nos meilleures salutations.

 

Des membres du Réseau des Initiatives de Transition

 

Josué Dusoulier – Ath en Transition
Isabelle Van Driessche – Soignies en Transition
Jean-Philippe Mommart – Evere en Transition
François-Olivier Devaux – Etterbeek en Transition
Ezio Gandin – Esneux en Transition
Eric Theismann Locale des Amis de la terre de Charleroi
Christophe Vanlinthaut – La Louvière en Transition
Eric Luyckx – Grez en Transition
Vincent Wattelet – Liège en Transition
Pablo Servigne – Bruxelles en Transition
Olivier Gabreau – Ath en Transition
Gwenaëlle Ninane – La Hulpe en Transition
Fabienne Delcorps – Centre de transition et de formation en Permaculture  -Lens St Rémy
Daniel Collart- Grez en Transition
Kathy Thiempont- Grez en Transition
Marc Paillet – Herve en Transition
Aurélie Leflere – Evere en Transition
Bernadette Leemans – Herve en Transition
Christian Jonet – Liège en Transition
Eric De Ruest – Liège en Transition
Alexandre Liesenborghs – Liège en Transition
Carlos Duarte Marçal – Rebecq en Transition
Isabelle Van Wayenbergh – Ath en Transition

 

 

 

 

 

 

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Published by Ath en Transition - dans Les projets d'Ath en transition
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