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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 15:32

 

Hervé Kempf

 

Hervé Kempf est un des journalistes d'environnement les plus réputés. Depuis près de vingt ans, il travaille à faire reconnaître l'écologie comme un secteur d'information à part entière, et a défriché nombre de dossiers sur le changement climatique, le nucléaire, la biodiversité ou les OGM.

 

Sans être membre du mouvement de la Transition, Hervé Kempf (Le Monde, France 2, Courrier International, La Recherche...) établi lui aussi des liens entre la spéculation financière, la crise écologique et l'épuisement des ressources.

Son approche intéressante et documentée est présentée dans l'article qui suit, issu du magazine Financité, ainsi que dans ses livres : "Comment les riches détruisent la planète" (2007), "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme" (2009) et "L'oligarchie, ça suffit, vive la démocratie" (2011).

 

"Nous sommes entrés dans un système oligarchique qui n'a d'autre ressort que l'avidité, d'autre idéal que le conservatisme, d'autre rêve que la technologie."

 

Entretien réalisé par Thibaut Monnier.  Publié dans le magazine Financité, décembre 2010.

 

"Il n'est pas qu'un analyste de plus, heureusement  tombé juste quand tous se trompaient. Non, Hervé Kempf étudie notre planète depuis plus de 20 ans. Ambassadeur du sursaut citoyen, éclaireur des temps modernes, ce vulgarisateur hors pair revient en force avec L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie !, un livre coup de poing et documenté.


En quoi la finance est-elle liée à la crise écologique ?

Le développement extraordinaire de la spéculation financière depuis une trentaine d'années s'est traduit par une destruction massive de l'environnement et un creusement considérable des inégalités. Le résultat est qu'aujourd'hui une minorité gaspille les ressources aux dépens de l'intérêt général et projette un modèle de surconsommation qui imprègne toute notre culture. Le confort dans lequel nous vivons en Occident exerce une pression
énorme sur l’environnement, et se présente comme un modèle insoutenable pour le reste du monde.

 

En bref

La spéculation financière a engendré un épuisement des ressources naturelles.

 

Le monde est aujourd'hui dirigé par une minorité qui déguise la démocratie via les médias.

La spéculation financière est donc responsable de la détérioration de l'environnement ?

Directement et indirectement, oui. Il faut rappeler aussi que les puissances d'argent ont acquis une énorme influence sur le système politique et déterminent les règles du système économique et beaucoup de lois. La délibération démocratique, telle que tous ont voix égale au débat, est très largement limitée par des médias qui sont contrôlés par ces grandes puissances capitalistes.


Nous ne sommes plus en démocratie ?

La démocratie est extrêmement affaiblie, au point que l’on peut penser que l’on est entré dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs antiques et qu'ont oubliée les politologues : la domination d'une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l'ensemble des citoyens.

 

oligarchie-ca-suffit.gif

Cette évolution est-elle réversible ?

J’espère que oui, mais cela suppose une transformation profonde du système de pouvoir, mais aussi de la réflexion politique.

Pour commencer, il faut prendre conscience de la situation, ce qui est le premier pas vers le changement. De même qu’une large part de la population a pris conscience, depuis une dizaine d’années, de la gravité de la crise écologique, et, depuis quelques années, de la montée rapide des inégalités. De même il nous faut comprendre que le régime politique est en train de changer et prendre conscience du fait que la démocratie n'est pas acquise ad aeternam.

Cette découverte implique aussi de reconnaître la culture matérielle dans laquelle le capitalisme nous a enfermés : l'oligarchie s'est développée en associant le prestige et la valeur humaine à l’argent et à l’accumulation d’objets.

Conditionnés notamment par la publicité, les individus se retrouvent en proie à une rivalité ostentatoire qui pousse à la  surconsommation et à la compétition : celui qui a le plus d'argent est le mieux considéré, quelle que soit la façon dont il a acquis cette fortune.

De ce point de vue, le contrôle des médias et de la publicité est un pilier du système oligarchique, non seulement pour contrôler le débat politique, mais aussi pour définir le système de valeurs de l’époque.

 

 

Comment renverser la situation à l'heure où l'iPhone, par exemple, se vend par millions ?

Il ne sert à rien de se mettre la tête dans le sable : rester passifs – ou prisonniers de la culture de la consommation matérielle – aggravera la situation, parce que la crise écologique existe et empire en ce moment même. Les trois dernières générations, nos parents, nous, nos enfants, nous vivons ce moment historique où l'humanité rencontre les limites de la planète. Depuis les origines, l'aventure humaine s'est développée dans une nature dont les ressources semblaient incommensurables. Aujourd'hui, la biosphère est limitée et il faut absolument changer notre comportement
pour enrayer sa dégradation. Si l’on manque cette transition vers le nouveau monde, vers une société écologique et équitable, on risque d'aller vers le chaos, c'est-à-dire vers des épidémies, un changement climatique incontrôlable,
des querelles terribles pour l’accès aux ressources. Et si nous ne parvenons pas à revenir à des formes  démocratiques de choix collectif, l’oligarchie poursuivra sa tendance vers un régime de plus en plus autoritaire. À nous de savoir vers où nous voulons aller : le nouveau monde ou l'asservissement.

 

La crise écologique est un signal d'alarme qui doit nous conduire à un consensus mondial ?

L'écologie place l'humanité devant un problème commun : la limitation des ressources et de la capacité de la biosphère à absorber l’impact de l’activité humaine. Cela peut la fédérer et la pousser à s’unir, parce qu'il n'y

a pas d'autre solution au problème qu'une réponse solidaire. Il nous faut aussi imaginer une démocratie qui ne soit plus à l’échelle de quelques pays privilégiés, mais de l’ensemble de la planète : c’est un magnifique défi.

 

Quelles pistes d'action privilégiez-vous ?

Hervé Kempf est aussi le fondateur du site écologiste reporterre.net

Une formule guide : « Moins de biens, plus de liens ». Et une idée : « Les solutions pratiques existent déjà ». Partout se créent des coopératives, des banques du temps, des systèmes d'échange locaux. L'agriculture biologique se développe et les circuits d'échange se raccourcissent, impliquant des relations plus sincères entre les intermédiaires. L'économie coopérative, donc le partage de la propriété et des outils de production, est une clé pour l'avenir. Les solutions existent, il faut maintenant créer une conscience commune. Nous devons profiter du confort que nous avons
encore de pouvoir réfléchir sans être aliénés par l'impératif dramatique et anxiogène de la nécessité.

 

C'est une question de propositions politiques ?

Le régime démocratique a été considéré comme quelque chose d'acquis, et de nombreux citoyens ne se préoccupent plus de la chose commune. Cette passivité a permis à l'oligarchie et à la finance de monopoliser le pouvoir. Rien ne se fera sans un nouvel engagement politique – au meilleur sens du terme – de chacun d’entre nous. Et un enjeu politique
principal est la reprise de contrôle, par les instances politiques, du système financier.

 

La finance responsable et solidaire a-t-elle besoin d'un Hervé Kempf ou d'un Nicolas Hulot pour toucher le public comme le fait l'écologie ?

Vulgariser, rendre le discours accessible à tous est primordial. La difficulté est de le faire sans perdre l'exigence intellectuelle liée au sujet. La crise financière a fait prendre conscience au monde entier de l'urgence citoyenne de reprendre en main le système financier. La finance fait peur, certes, mais de moins en moins, grâce aux économistes et journalistes qui sont guidés par la démarche citoyenne. La nouvelle finance, responsable et solidaire, a un rôle important à jouer, en montrant qu'un autre système de crédit est possible que celui que promeuvent les banques
capitalistes."

 

 

 Pour lire le magazine financité de décembre 2010 dans son entièreté : financite.jpg

 


Pour en savoir plus sur le sujet


 

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