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logo-transition-network.gifAth en Transition fait partie du Transition Network, avec plus de 1100 villes et territoires dans le monde. C'est une progression extraordinaire que le mouvement citoyen et mondial de la transition connaît depuis la fin 2006.

Le mouvement se structure maintenant aussi chez nous avec le Réseau Transition Wallonie - Bruxelles.

Agenda

2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 08:00

  R0014063 

 

 

Par Josué Dusoulier


Il a écrit l'article suivant pour la revue Echos, dans le cadre du Festival des Libertés, organisé par Bruxelles Laïque en octobre 2012.


 

Saisir l'opportunité de réinventer notre mode de vie

A l'heure où notre civilisation occidentale est soumise à des défis sans précédents, où de plus en plus de spécialistes constatent un épuisement accéléré des ressources et nous prédisent la fin de la croissance économique[1], les réactions des gouvernants et du monde économique dominant freinent les adaptations nécessaires. Des groupes de citoyen(ne)s ne les attendent pas pour commencer à transformer leurs quartiers, leurs villes et leur mode de vie de façon créative, solidaire et enthousiasmante... Ce sont les Initiatives de Transition.

 

 

Les initiatives de transition, ce sont des groupes de citoyens qui ont décidé de prendre les choses en main. Dans un même village, un même quartier ou une même ville, ils commencent tout simplement à agir pour s'adapter aux changements climatiques, à la fin du pétrole abondant et bon marché ainsi qu'à la fin de la société basée sur la croissance économique, qui suivra inévitablement. Car comme cela a été rappelé lors de la dernière conférence internationale de l'ASPO[2] : « Les lois de la physique sont plus fortes que celles de l'économie ». En d'autres mots, la croissance économique n'est pas possible sans énergie abondante et bon marché.

 

Ces collectifs citoyens ont décidé de choisir au lieu de subir, de construire au lieu de détruire. Ils saisissent l'opportunité de réinventer et mettre en place dès maintenant un mode de vie moins énergivore et plus résilient qui, après une période transitoire pas forcément simple, pourrait être beaucoup plus enthousiasmant et vivifiant que l'actuel. Nous y reviendrons plus loin dans cet article.

 

Ces initiatives ne prétendent pas avoir la seule et unique solution à tous les problèmes. Il s'agit plutôt d'une expérimentation humaine à grande échelle qui teste des solutions adaptées aux contextes locaux. Ainsi, chaque initiative de transition se base sur quelques principes simples pour construire sa propre vision d'un futur préférable et commencer à la mettre en œuvre en accordant une grande importance au respect de l'autre, au plaisir de faire, d'apprendre et d'être ensemble.

 

Résoudre l'ambivalence qui est en nous

534056 439878992732795 664444508 n-copie-1Chaque jour, nous sommes soumis à des messages contradictoires : « il faut diminuer les émissions de CO2 » et « consommez pour relancer la croissance » ou encore « la diminution de la biodiversité est très inquiétante » et « des milliers de semences naturelles sont interdites à la vente ». Cette situation crée une atmosphère de doute et de crainte. Beaucoup de personnes sont conscientes qu'ils faut « changer les choses » et « qu'on ne peut pas continuer comme ça », sans savoir ce qu'elles peuvent faire.

 

Ce que font très bien les initiatives de transition, c'est d'être des lieux de partage de ces questionnements et de réduction de l'ambivalence et de l'inconfort. On se rend compte qu'on n'est pas seuls à se poser ces questions, et qu'en se mettant ensemble, on peut faire « changer les choses ». Ce qui permet de se sentir mieux, plus en harmonie avec soi-même, avec son environnement et avec ses valeurs.

 

Les principes des initiatives de transition

Les initiatives de transition se basent sur quelques principes[3] de bon sens et un esprit positif et vivifiant. Parmi les notions clés, on trouve la résilience locale, la relocalisation et le changement culturel. Découvrons de quoi il s'agit...

 

Actuellement, notre mode de vie occidental est basé sur les échanges internationaux, les transports de personnes et de marchandises, la consommation d'énormément d'énergie et un gaspillage colossal. Or, environ 80 % de l'énergie consommée dans le monde provient de combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz)[4]. Non seulement ces ressources sont en voie de raréfaction mais leur utilisation est une des causes principales du réchauffement climatique. Cela rend notre mode de vie insoutenable à long terme et notre système économique excessivement fragile. En réponse à cette situation, les initiatives proposent de développer une résilience locale, qui est la capacité des territoires à résister et s'adapter positivement aux chocs majeurs à venir. Ces derniers seront inévitables car causés par les perturbations climatiques, la fin de l'ère du pétrole bon marché et du système économique mondialisé.

 

En pratique, les initiatives de transition vont viser le développement des liens sociaux et de solidarité de quartier. Mais aussi la construction d'une économie plus diversifiée et plus locale basée sur les circuits courts et équitables. On programme aussi et surtout la diminution de notre dépendance au pétrole. Le résultat attendu est un territoire avec une économie plus robuste, plus capable de s'adapter de façon solidaire et créative, et où il fait bon vivre.

 

 

 

 

 

Le deuxième principe concerne la relocalisation de ce qui peut l'être. Car moins de pétrole et moins d'énergie signifie des transports de plus en plus chers, et donc moins de transports. Mais ce qui peut apparaître bon pour le climat pose un sérieux problème au système économique mondialisé. Une mesure de bon sens est donc de relocaliser tout ce qui est possible, en commençant par la production alimentaire, mais aussi l'économie, l'énergie, les transports, etc. Non pas pour viser l'autarcie, mais une certaine autonomie : il restera toujours des échanges à faire, ce n'est pas la fin du commerce ! Mais quel est le sens de faire pousser des légumes à des centaines ou à des milliers de kilomètres et de les transporter, alors qu'il est possible de les cultiver localement en émettant beaucoup moins de CO2 et en créant de l'emploi local ? Les initiatives de transition ont tendance à viser un rapport 80/20, c'est à dire produire localement au moins 80 % de tout ce dont nous avons réellement besoin[5]. De même, il ne s'agit pas de reproduire les fonctionnements économiques actuels à un niveau local, mais de créer une économie vertueuse, plus éthique et solidaire, basée sur les besoins et aspirations de la collectivité locale, consciente des limites des écosystèmes.

 

Enfin, la transition est aussi et surtout un changement culturel. Entrer en transition c'est bien plus que cultiver ses légumes, manger bio ou rouler en vélo. Le changement n'est pas uniquement « matériel ». Prenons un exemple : lorsque nous observons une personne qui gagne beaucoup d'argent, a une belle maison dans un beau quartier, un grosse voiture, des appareils électroniques de dernière génération, qui part en vacances plusieurs fois par an, etc., la tendance majoritaire est de prendre cette personne comme un modèle. On dit qu'il a « réussi sa vie ». Et pourtant, cette façon de vivre n'est pas soutenable, émet beaucoup de CO2, épuise les ressources de la planète, est basée sur des inégalités sociales ici et ailleurs... Où est la réussite ? Nous avons eu beaucoup de chance de profiter de ce système pendant quelques années, mais aujourd'hui que nous avons conscience de ses effets pervers, il est temps de revenir à un mode de vie plus raisonnable.

 

C'est donc d'un véritable changement culturel dont il s'agit, un changement de notre image du monde. Un monde où l'on ne rêve plus d'avoir beaucoup d'argent et d'aller en vacances en avion, mais où l'on rêve d'une vie en harmonie avec nous-mêmes, avec nos voisins, avec notre écosystème. Où l'on a le temps de se rencontrer, de voir grandir les enfants, de se promener, d'exprimer sa part d'artiste, et où l'on a le temps, tout simplement... Ce changement vient progressivement, au fur et à mesure de la démarche, avec au départ une prise de conscience suivie d'abord de petits gestes qui deviennent ensuite progressivement de plus en plus importants.

 

positive 4706453131 2c1c83e2a4Une vision positive et attractive

Depuis les années 70 et la publication du fameux rapport du « Club de Rome »[6], des citoyens, associations et scientifiques militent pour un changement profond de modèle de société. Pourquoi dès lors les initiatives de transition ne connaissent un tel engouement que maintenant[7] ?

 

Sans doute que le contexte actuel y est pour quelque chose, mais cela n'explique pas tout. Il est très probable que leur succès planétaire soit dû à leur approche positive et contextuelle qui part de la question suivante : « Et si notre réponse au pic du pétrole, aux changements climatiques et aux crises économiques ressemblait plus à une fête qu'à une marche de protestation ? ».

 

En pratique, plutôt que d'informer à partir de scénarios apocalyptiques et d'attendre que le changement se mette en place par peur du futur, les initiatives de transition se basent sur une analyse lucide des défis actuels pour ensuite libérer l'imagination et la créativité afin d'imaginer un futur préférable au présent, au delà de ces crises. Un futur où nous n'aurons plus besoin des combustibles fossiles, où nous nous serons adaptés aux changements climatiques et où l'économie locale sera florissante, et offrira une place à tout le monde. Cette vision positive du futur est évidemment construite collectivement. Elle est tellement attractive et inspirante, que peu à peu, on se sent aspirés vers elle. Elle nous fournit des objectifs positifs à atteindre, et agit comme un guide qui nous aide à imaginer les étapes pour y arriver.

 

En pratique ?

Même s'il y a des principes de base, il n'y a pas un modèle unique d'initiative de transition. Chaque groupe définit ses objectifs et choisit ses projets en toute autonomie, en fonction de ses ressources et de son contexte. Au départ, on voit souvent apparaître des activités d'information, des projets citoyens locaux (Ex : un potager collectif, le partage de jardins, des démarches de consommation responsable, des activités avec les écoles, des ateliers de permaculture, des fêtes...), qui progressivement sont portés par de plus en plus de citoyen(ne)s. Dans les initiatives plus avancées, notamment en Angleterre, on remarque que ces projets participent grandement à la (re)construction d'une économie locale éthique et solidaire[8]. Elles ouvrent des commerces communautaires, créent des entreprises locales de production d'alimentation ou encore d'énergie renouvelable. En toute indépendance, certaines collaborent déjà avec les autorités communales pour donner plus d'ampleur à leurs projets.

 

 

 

 

Les initiatives de transition en Belgique et dans le monde

Le réseau mondial des initiatives de transition est impressionnant et dynamique. Il permet de s'inspirer mutuellement, de partager les réussites et les difficultés, mais aussi d'augmenter notre courage et notre détermination, grâce au sentiment de faire partie d'un mouvement massif et enthousiasmant.

 

La première initiative de transition a débuté en 2006 dans la ville de Totnes en Grande-Bretagne. Un groupe de citoyens avait décidé de se lancer dans une expérimentation citoyenne à l'échelle de leur quartier, sans savoir où cette démarche allait les mener. Le mouvement s'est propagé à travers le monde de façon extraordinaire [9] : du Portugal au Japon et du Canada à l'Afrique du Sud, en passant par les États-Unis, le Brésil, l'Inde, la Roumanie, l'Allemagne, la Belgique... Ainsi, on compte à la mi-2012, plus de 1000 initiatives dans 34 pays, et autant en lancement...

 

Les initiatives de transition se développent depuis 2008 en France, au Québec et en Belgique francophone, notamment sous l'impulsion des Amis de la Terre – Belgique qui ont fait connaître ce mouvement. Fin 2010, la traduction du Manuel de transition de Rob Hopkins[10], ainsi que la parution début 2011 d'un excellent numéro de la revue belge Imagine[11] consacré aux initiatives de transition, ont donné un coup d'accélérateur à leur développement chez nous. A la mi-2012, on compte un peu plus d'une quarantaine d'initiatives en Belgique : de Tervuren à Etalle, en passant par Bruxelles, Grez Doiceau, Ath, Liège, La Louvière, Namur ou encore Merchtem [12]... A Bruxelles, des groupes de transition sont par exemple actifs à Ixelles, Schaerbeek et St-Gilles... et en création à Evere et à Anderlecht.

 

 

 

 

L'avenir est ouvert

Notre monde est actuellement soumis à des « crises » multiples. Or, on voit très peu de signes de remise en question de notre mode de vie de la part des décideurs politiques et économiques. Mais un peu partout, des groupes de citoyen(ne)s ont décidé de ne pas les attendre pour passer à l'action. Ils se réunissent en initiatives de transition et expérimentent une démarche de mise en place d'un futur choisi, positif et préférable au présent. S'il n'a pas la prétention de résoudre tous les problèmes, ce mouvement citoyen mondial est enthousiasmant et redonne de l'espoir en ces temps d'incertitude. Ils saisissent cette extraordinaire opportunité de fabriquer du mouvement collectif et réinventer nos modes de vie avec créativité et imagination !

 

Josué Dusoulier

 

Co-fondateur d'Ath en transition et du Réseau Transition Wallonie - Bruxelles

 

 

Formateur, psychologue du travail et des organisations, facilitateur de transition, et permaculteur, Josué Dusoulier a construit son expérience et ses compétences dans des domaines et contextes différents : organisation de jeunesse, insertion socioprofessionnelle de publics précarisés, formation professionnelle, associations écosensibles, associations culturelles...

 

Très tôt, il s'est intéressé aux conditions qui freinent ou facilitent le changement au niveau individuel, groupal et organisationnel. Il participe au développement de la Transition énergétique, écologique, économique et sociale depuis l'année 2008. En 2010, il est co-fondateur d'Ath en transition et, plus tard, du Réseau Transition Wallonie-Bruxelles. Il est aujourd'hui chargé de projet « Initiatives de Transition » suite à un partenariat entre le Réseau Transition et les Amis de la Terre-Belgique. Son expérience professionnelle, associative et de la pratique de la Transition l'ont amené à devenir facilitateur, formateur et conférencier sur les Initiatives de Transition.

 

Références

[1] HEINBERG R. (2012), La fin de la croissance, s'adapter à notre nouvelle réalité économique, Éditions Demi-Lune.

 

[2] voir sur www.aspo2012.at : le site de la Conférence annuelle 2012 (Vienne, Autriche) de l'ASPO (Association pour l'étude du pic du pétrole et du gaz).

 

[3] Les principes des initiatives de transition sont explicités dans les deux ouvrages suivants :

HOPKINS R (2010), Manuel de Transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Editions Ecosociété/Silence (L'édition originale en anglais, The transition handbook, date de 2008)

HOPKINS R. (2011), The Transition Companion, making your community more resilient in uncertain times, Green Books Editions

 

[4] Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Combustible_fossile

 

[5] ibid, The Transition Companion, p 59.

 

[6] Le rapport du Club de Rome, actualisé en 2004, est traduit en français : MEADOWS D. et al. (2012), Les limites à la croissance (dans un monde fini), Éditions rue de l'échiquier.

 

[7] SERVIGNE P (2011), La transition, histoire d'une idée, asbl Barricade, 2011. Disponible sur www.barricade.be

 

[8] www.reconomyproject.org. Voir aussi Rob Hopkins, The Transition Companion (ibid.)

 

[9] www.transitionnetwork.org : le site du réseau international des initiatives de transition.

 

[10] ibid., Le manuel de Transition.

 

[11] Revue Imagine n°83 - janvier & février 2011. Dossier de 20 pages« Voyage au cœur de la Transition ».

 

[12] www.reseautransition.be : le site du réseau Wallonie-Bruxelles

 

 

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