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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 10:39

discours-chef-seattle-L-1.jpgLe discours du chef Seattle

Patrimoine commun de l’humanité

les Amérindiens vouaient un respect sans limites à la nature qu’ils considéraient comme la mère protectrice, leurs permettant de vivre à l’abri de tout besoins existentiels.

Chassés et anéantis par l’homme "civilisé", certains d’entre eux ont émis des doutes quant à l’Avenir d’une Planète « entre des mains civilisées ». Certains de ces discours sont parvenus jusqu’à nos jours, se révélant souvent être prononcés par de véritables visionnaires. Parmi ces paroles et discours, il en est un, prononcé en 1854 par le Grand Chef indien Seattle.

 

Ce discours connut diverses traductions par des missionnaires et par des militaires. Il s’en suivit deux formes de censures, l’une religieuse, l’autre stratégique. Six versions différentes de ce célèbre discours ont été confrontées par "les éditions du Petit Bois"  afin de tenter d’en sortir un texte qui puisse être un reflet de l’original. Toutes les remarques seront donc les bienvenues sur leur site pour continuer ce travail.

 

Nous vous proposons la lecture de ce texte qui rappelle que l'homme fait partie de la nature, même si dans notre société occidentale, il semble l'avoir oublié.

 

Le chef indien répond à la demande de vendre ses terres aux blancs et de s’installer avec les siens dans une réserve. Il prononça ce discours au représentant du gouvernement fédéral en 1854.

 

« Le ciel au-dessus de nos têtes, qui a pleuré des larmes de compassion sur mon peuple pendant des siècles et des siècles, qui nous paraît immuable et éternel, est soumis au changement. Aujourd’hui, il est clair, demain il sera peut-être couvert de nuages.

 

Le grand chef à Washington nous a envoyés un message disant qu’il veut acheter notre terre !

 

Il nous envoie également des paroles d’amitié et de bonne volonté. C’est très gentil de sa part car nous savons qu’il n’a guère besoin de la nôtre, d’amitié. Il n’empêche que nous allons examiner son offre car nous savons que si nous n’acceptons pas de vendre, l’Homme Blanc peut venir avec des fusils et prendre notre terre. Son peuple est innombrable, il est comme l’herbe qui recouvre les grandes prairies. Mon peuple est peu nombreux, il ressemble aux arbres épars d’une plaine balayée par la tempête. Nous souhaitons aujourd’hui que les hostilités entre nous ne puissent jamais être ré ouvertes. Nous aurions tout à y perdre. Le grand chef blanc nous fait savoir qu’il souhaite acheter notre terre mais qu’il désire nous en laisser assez pour que nous puissions vivre confortablement.

 

Comment ? Comment peut-on acheter ou vendre la voûte du ciel, la chaleur de la terre ? Cette idée nous semble étrange : la fraîcheur de l’air et le scintillement de l’eau ne nous appartenant pas, comment pouvez-vous nous les acheter ? Chaque parcelle de cette terre est sacrée aux yeux de mon peuple, chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière ou chaque bourdonnement d’insecte sont sacrés dans la mémoire de mon peuple. La sève qui court à travers les arbres charrie les souvenirs de l’Homme Rouge. Les cendres de nos pères sont sacrées, leurs tombeaux sont terres saintes pour nous.

 

Vous errez loin des tombes des vôtres, sans regrets. Votre religion a été écrite sur des tables de pierre, afin de ne pas l’oublier. L’homme rouge n’a jamais pu ni la comprendre, ni s’en souvenir. Notre religion est faite des traditions de nos ancêtres, elle est inscrite dans le cœur de mon peuple. Ainsi les collines, les arbres et chaque poignée de notre terre nous sont sacrés. Les morts des blancs oublient le pays de leur naissance dès qu’ils s’en vont se promener parmi les étoiles. Nos morts à nous n’oublient jamais cette terre magnifique, ils continuent de l’aimer et brûlent d’une affection tendre et indulgente pour les vivants au cœur solitaire qu’ils reviennent souvent visiter pour les guider, les consoler et les réconforter.

 

Nous faisons partie de la terre et elle fait partie de nous.

 

Les fleurs parfumées sont nos sœurs. Le cerf, le cheval et l’aigle sont nos frères. Les crêtes rocheuses, la rosée dans les prés, la chaleur du poney et l’homme, tous appartiennent à la même famille. Le grand chef à Washington nous demande donc beaucoup en voulant acheter notre terre. Il nous dit qu’il nous réserve un endroit où nous pourrons vivre confortablement parmi les nôtres, il sera notre père et nous seront ses enfants. Mais cela peut-il se produire un jour ?

 

Votre dieu n’est pas notre dieu. Votre dieu aime votre peuple et hait le mien, il a abandonné ses enfants rouges, pour peu qu’ils soient aussi ses enfants. Notre dieu, le grand mystère, semble lui aussi nous avoir oubliés. L’Homme Rouge n’a cessé de reculer devant l’Homme Blanc ; pareil à la brume, qui sur la montagne fuit devant le soleil du matin. Bientôt votre peuple s’étendra sur toute cette terre, le nôtre ne cesse de diminuer. Le dieu de l’homme blanc ne doit pas aimer notre peuple, sinon il le protégerait. Comment, dans ce cas, serions-nous frères ? Comment votre dieu pourrait-il devenir le nôtre, nous rendre la prospérité et les rêves de grandeur ? Non, nous sommes deux races distinctes, avec des origines et des destins différents. Il y a peu de choses en commun entre nos peuples. Nous allons examiner votre offre d’acheter notre terre, mais cela ne sera pas facile car cette terre nous est sacrée.

 

L’eau étincelante qui court dans les torrents et les rivières n’est pas juste de l’eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous souvenir qu’elle est sacrée et que chaque reflet de l’eau limpide des lacs parle des événements et des traditions qui ont marqué la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père. Les rivières sont nos sœurs, elles étanchent notre soif, elles portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, il faudra vous souvenir et enseigner à vos enfants que les rivières sont vos sœurs, à qui vous devez donner la tendresse que l’on accorde à toute sœur.

 

Nous voyons bien que l’Homme Blanc ne comprend pas notre façon de vivre. Pour lui, un lopin de terre en vaut un autre, il est pareil à l’étranger qui se glisse dans la nuit pour voler à la terre ce qu’il désire. Pour lui, le sol n’est pas un frère mais son adversaire, et dès qu’il l’a asservie, il va plus loin. Il abandonne derrière lui la tombe de son père et n’en a cure. Il vole la terre à ses enfants et s’en moque. Les tombeaux de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère la terre et son frère le ciel comme des choses pillables, corvéables et vendables au même titre qu’un mouton ou de la verroterie. Son appétit dévorera le monde, ne laissant derrière lui qu’un désert.

 

Je ne sais pas !

Notre chemin est trop différent du vôtre. Le spectacle de vos villes blesse les yeux de l’homme rouge. Peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et que je ne comprends pas… Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc. Nul part on ne peut écouter bruire le feuillage du printemps ou le froissement d’ailes des insectes. Peut-être le vacarme de la ville offense-t-il mes oreilles parce que je suis un sauvage et que je ne comprends pas. Mais que vaut la vie quand l’homme ne peut plus entendre le cri solitaire d’un engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang, la nuit ?

 

Je suis un homme rouge et je ne comprends pas : l’Indien préfère le bruit subtil du vent qui ride la surface d’un étang et l’odeur du vent purifié par la pluie de midi ou parfumé par le pin pignon. L’air est précieux à l’homme rouge, car il sait que toutes choses partagent le même souffle. La bête, l’arbre, l’homme partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme agonisant depuis de longs jours, son odorat semble engourdi par sa propre puanteur. Mais si nous vous vendons nos terres, vous devez savoir que l’air nous est précieux, et qu’il partage son âme entre toutes les vies qu’il porte. Le vent qui a donné son premier souffle à notre grand-père a recueilli aussi son dernier soupir, et il doit donner l’esprit de la vie à nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, il faudra que vous la gardiez à part, sacrée, comme un lieu où même l’homme blanc pourra goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

 

Donc, nous allons examiner votre offre d’acheter notre terre, mais si nous décidons d’accepter, je poserai une condition, que l’homme blanc traite désormais les animaux de cette terre comme ses frères. Je suis un sauvage et je ne comprends pas d’autre règle. J’ai vu mille bisons pourrir sur la prairie, abandonnés là par l’homme blanc qui les avait abattus au fusil par les fenêtres d’un train en marche. Je suis un sauvage et je ne comprends pas comment le cheval d’acier fumant peut-être plus important qu’un bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu’est-ce que l’homme sans les animaux ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourait d’une grande solitude de l’âme, car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l’homme. Toutes les choses sont liées. Il faut apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos ancêtres. Afin qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants que le sol est riche des vies de notre peuple. Apprenez à vos enfants ce que nous avons toujours appris aux nôtres, que la terre est notre mère et que ce qui advient à la terre, advient aux fils de la terre.

 

Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

 

Chef-Seattle_ILV.jpgNous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme, mais l’homme appartient à la terre. Ceci nous le savons.

 

Toutes les choses se tiennent, comme liées par le sang qui unit une même famille. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie, il en est seulement un fil. Les dégâts qu’il fait à la trame, c’est à lui-même qu’il les fait.

 

Mais nous allons examiner votre offre d’aller dans la réserve que vous avez prévue pour mon peuple. Nous irons y vivre à l’écart, en paix. Peu importe d’ailleurs où nous passerons le reste de notre vie. Nos enfants ont vu humilier leurs pères vaincus, nos guerriers ont ressenti la honte et depuis la défaite ils passent leur temps à paresser, contaminant leurs corps avec des mets sucrés et des boissons alcoolisées. Peu importe où nous finirons nos jours, il n’en reste que bien peu. La nuit de l’Indien promet d’être sombre. Pas une seule étoile d’espoir ne brille à l’horizon, les vents aux accents funèbres gémissent au loin. Quelques heures de plus, quelques hivers de plus, et aucun des fils des grandes tribus qui ont vécu sur cette terre et qui errent aujourd’hui par petites bandes dans les bois, ne restera pour se lamenter sur le souvenir d’un peuple autrefois aussi puissant et plein d’espoir que le vôtre .

 

Pourquoi d’ailleurs, pourquoi devrais-je pleurer la fin de mon peuple ? Une tribu suit l’autre, une nation succède l’autre, comme les vagues de l’océan. Telle est la loi de la nature et tout regret paraît inutile. Le temps de votre chute est peut être encore lointain, mais il viendra sûrement. Même l’homme blanc dont le dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble ne peut échapper au sort commun. Nous serons peut-être frères après tout, nous verrons bien.

 

Nous savons en tout cas ceci, et l’homme blanc le découvrira peut-être un jour. Le grand mystère est le même pour tous. Vous pouvez croire aujourd’hui qu’il est votre propriété exclusive, comme vous voulez que la terre soit votre propriété, mais ce n’est pas possible. Il est le grand mystère et sa bonté envers l’homme rouge ou blanc est la même. Cette terre, ce monde lui sont précieux, et nuire à la terre, c’est mépriser son créateur. Les blancs aussi disparaîtront, peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Continuez à contaminer votre vie et un jour vous suffoquerez dans vos propres déjections. Mais en mourant, vous brillerez avec l’éclat du pouvoir qui vous a amené sur cette terre, et qui pour des raisons inconnues vous permet de dominer cette terre et l’homme rouge.

 

Ceci est un mystère pour nous, nous ne comprenons plus rien, lorsque nous voyons les bisons assassinés, les derniers chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt salis par l’odeur de trop nombreux hommes et la douce courbe des collines souillées par des fils qui parlent.

Où est le bosquet ? Disparu.

Où est l’aigle ? Disparu.

Et que signifie l’adieu au cheval rapide et à la chasse ?

La fin de la vie et le début de la survivance.

 

Nous allons examiner votre offre d’acheter notre terre. Si nous acceptons, ce sera pour obtenir de vous la réserve que vous nous avez promise. Là, peut-être, nous pourrons terminer notre brève existence comme il nous plaira. Quand le dernier homme rouge aura disparu de cette terre et que son souvenir ne sera plus que l’ombre d’un nuage courant sur la prairie, ses rives et ses forêts retiendront encore les esprits de mon peuple car mon peuple aime cette terre comme le nouveau-né aime les battements du cœur de sa mère. Les rivages grouilleront des morts invisibles de ma tribu, et lorsque les enfants de vos enfants se croiront seuls dans les champs, ils ne le seront pas. Sur toute la terre, il n’y a pas d’endroit où la solitude soit possible. La nuit, quand les rues de vos villes seront silencieuses et que vous les croirez désertes, elles seront pleines de la foule des revenants qui occupaient autrefois cette belle contrée et qui continuent de l’aimer. L’homme blanc ne sera jamais seul. Qu’il soit juste et qu’il traite mon peuple avec égard, car les morts ne sont pas dénués de pouvoir. Les morts, ais-je dis ? Il n’y a pas de mort. Seulement un changement de forme.

 

Alors si nous vous vendons cette terre, aimez-la, aimez-la comme nous l’avons aimée. Soignez-la bien comme nous l’avons soignée. Gardez présente à vos yeux l’image de cette terre quand vous l’avez prise, et de toutes vos forces et de tout votre esprit, de tout votre cœur, protégez-la pour vos enfants, aimez-la comme le grand mystère nous aime tous. Nous sommes sûrs d’une chose : notre dieu est le même que le vôtre. Ce monde lui est cher, et même l’homme blanc ne peut échapper au sort commun.

Peut-être, peut-être serons-nous frères, après tout…

Nous verrons. »  

 

 

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