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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 08:00

michel-wautelet.jpg Physicien, professeur à l’Université de Mons et membre d'ASPO Belgique, Michel Wautelet étudie notamment les relations entre sciences, technologies et société. Il s’intéresse aux conséquences des choix technologiques sur nos modes de vie. Les conséquences de l’épuisement des ressources de pétrole et de gaz naturel, dans le domaine des transports et de la vie quotidienne, retiennent son attention.

 

Voici un article de Michel Wautelet, paru dans La Libre Belgique, 26-27 mars 2011, pp.60-61, reproduit ici avec son autorisation.

Un jour, nous n’aurons plus d’énergies fossiles.....

Le futur n’est pas encore écrit. Il ne sera ni celui prédit par les technoptimistes débridés, ni celui des pessimistes de tous poils. Il sera ce que nous en ferons, toutes générations confondues. Si le futur sera complexe, si les éléments d’un débat évoluent, il est des évidences fondamentales qui semblent souvent occultées. C’est le cas des énergies.

 

Première évidence : un jour, l’humanité ne disposera plus d’énergies fossiles abondantes et bon marché. Notre société actuelle s’est développée grâce à la mise à disposition de pétrole, de gaz naturel, de charbon, d’uranium abondants et bon marché. Avant 2050, pétrole et gaz naturel seront rares et chers. Il en sera probablement de même pour le charbon et l’uranium vers 2100. Or l’énergie, le transport, la chimie, l’agriculture, la construction dépendent d’une ou plusieurs de ces ressources fossiles. Il faudra donc apprendre à nous en passer, de gré ou de force. Rappelons que, en 2100, beaucoup des enfants qui naissent aujourd’hui seront toujours en vie.

 

Deuxième évidence : à ce moment-là, il faudra obligatoirement faire appel à des énergies « renouvelables ».

 

Troisième évidence : aucune énergie alternative renouvelable n’est suffisante pour fournir l’équivalent actuel des énergies fossiles. Il n’y a pas et il n’y aura pas de solution miracle. Rien que pour fournir l’équivalent énergétique du pétrole consommé actuellement de par le monde, il faudrait soit vingt millions d’éoliennes, ou 280 barrages des Trois Gorges (Chine), ou couvrir toute l’Union européenne de champs de colza, ou construire cinq mille réacteurs nucléaires. Il faudra donc utiliser un cocktail d’énergies diverses, chacune étant insuffisante. Ces chiffres sont à multiplier par trois ou plus, lorsqu’il s’agira de remplacer aussi le gaz naturel et le charbon, et à tenir compte de l’accroissement de la  population mondiale.

 

Quatrième évidence : le remplacement des énergies doit se concevoir au niveau local. En effet, chaque région, chaque ville ou village possède des particularités locales, qu’il faudra exploiter. Ici un cours d’eau, qui pourra faire tourner une turbine pour alimenter quelques maisons ou une petite entreprise ; là, c’est la géothermie qui permettra de chauffer des hôpitaux, des écoles, des appartements ; ailleurs, c’est le vent qui pourra alimenter une ville ou un quartier. Et ainsi de suite. Il faudra donc concevoir une localisation de l’énergie.

 

Cinquième évidence : le remplacement des énergies doit se concevoir au niveau global. Les énergies locales seront insuffisantes, notamment pour les installations industrielles énergivores. Tout le monde sait, par exemple, que la Belgique a une situation géographique défavorable en énergies renouvelables, vu sa puissance industrielle. Arrêtons de penser au niveau belge. Nous sommes en Europe, que diable ! C’est à ce niveau qu’il faut organiser la fourniture d’électricité, avec diverses sources renouvelables. Est-il encore sensé de toujours raisonner en termes d’indépendance énergétique du pays. Si cela peut se concevoir pour des grands pays, n’est-ce pas déraisonnable pour un petit pays comme la Belgique ?

 

Sixième évidence : des usages différents demandent des énergies différentes. Raisonner en ne pensant qu’en approvisionnement total n’est pas suffisant. Les véhicules agricoles requièrent un combustible liquide. Eclairer les bâtiments demande de l’électricité. Il faut donc penser à un mix énergétique qui tienne aussi compte de l’activité locale. La vie rurale n’est pas identique à la vie urbaine, et requiert autre chose que des activités industrielles lourdes.

 

Septième évidence : l’infrastructure devra être modifiée. Par exemple, un réseau électrique avec des sources délocalisées multiples et diverses est différent d’un réseau centralisé avec quelques grosses centrales énergétiques.

 

Huitième évidence : tout cela devra être entretenu, réparé. D’où des métiers spécifiques nouveaux et des emplois probablement plus diversifiés et nombreux qu’aujourd’hui. Entretenir et réparer des panneaux photovoltaïques ou des petites éoliennes demande des compétences autres que pour entretenir des grosses éoliennes ou une centrale nucléaire.

 

Neuvième évidence : toute installation a une durée de vie finie. C’est donc tout le cycle de vie des installations, petites et grandes, qu’il faut prévoir.

 

Dixième évidence : notre mode de vie va changer. Pour vous en convaincre, je vous invite à vous arrêter quelques minutes, à imaginer votre environnement quotidien sans pétrole et sans gaz. C’est un exercice instructif. Impensable ? C’est pourtant ainsi que nous et nos enfants vivrons dans quelques décennies.

 

Onzième évidence : construire de nouvelles centrales électriques, concevoir et mettre sur pied un réseau énergétique délocalisé demandera plusieurs décennies. Réagir au coup par coup est insuffisant. Il faut une vision à long terme, concertée. Non, l’énergie éolienne ne sera pas suffisante ; non, les agrocarburants ne seront pas suffisants pour remplacer une grande part du pétrole ; non, l’énergie nucléaire ne sera pas la solution miracle. Mais attention ! Certains

secteurs commencent habilement à mettre la main sur des solutions d’avenir qui pourraient être mieux utilisées ailleurs. L’aviation est très active dans le développement d’agrocarburants de troisième génération, qu’elle se prépare à monopoliser. Des constructeurs de voitures mettent la main sur les réserves de lithium pour s’assurer le monopole des batteries pour véhicules électriques.

 

Il semble que, aujourd’hui, les politiciens ont le nez sur le guidon, orientés vers la résolution des problèmes de notre futur proche. Quant au long terme, il est vraiment temps que les citoyens et les experts mettent sur pied une feuille de route, qui guidera les politiciens à regarder plus loin que le bout du guidon.

 

Michel Wautelet

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