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  • : Et si notre réponse au pic du pétrole, aux changements climatiques et aux crises économiques ressemblait plus à une fête qu'à une marche de protestation ?
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logo-transition-network.gifAth en Transition fait partie du Transition Network, avec plus de 1100 villes et territoires dans le monde. C'est une progression extraordinaire que le mouvement citoyen et mondial de la transition connaît depuis la fin 2006.

Le mouvement se structure maintenant aussi chez nous avec le Réseau Transition Wallonie - Bruxelles.

Agenda

26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 08:00

michel-wautelet.jpg Physicien, professeur à l’Université de Mons et membre d'ASPO Belgique, Michel Wautelet étudie notamment les relations entre sciences, technologies et société. Il s’intéresse aux conséquences des choix technologiques sur nos modes de vie. Les conséquences de l’épuisement des ressources de pétrole et de gaz naturel, dans le domaine des transports et de la vie quotidienne, retiennent son attention.

 

Voici un article de Michel Wautelet, paru dans La Libre Belgique, 26-27 mars 2011, pp.60-61, reproduit ici avec son autorisation.

Un jour, nous n’aurons plus d’énergies fossiles.....

Le futur n’est pas encore écrit. Il ne sera ni celui prédit par les technoptimistes débridés, ni celui des pessimistes de tous poils. Il sera ce que nous en ferons, toutes générations confondues. Si le futur sera complexe, si les éléments d’un débat évoluent, il est des évidences fondamentales qui semblent souvent occultées. C’est le cas des énergies.

 

Première évidence : un jour, l’humanité ne disposera plus d’énergies fossiles abondantes et bon marché. Notre société actuelle s’est développée grâce à la mise à disposition de pétrole, de gaz naturel, de charbon, d’uranium abondants et bon marché. Avant 2050, pétrole et gaz naturel seront rares et chers. Il en sera probablement de même pour le charbon et l’uranium vers 2100. Or l’énergie, le transport, la chimie, l’agriculture, la construction dépendent d’une ou plusieurs de ces ressources fossiles. Il faudra donc apprendre à nous en passer, de gré ou de force. Rappelons que, en 2100, beaucoup des enfants qui naissent aujourd’hui seront toujours en vie.

 

Deuxième évidence : à ce moment-là, il faudra obligatoirement faire appel à des énergies « renouvelables ».

 

Troisième évidence : aucune énergie alternative renouvelable n’est suffisante pour fournir l’équivalent actuel des énergies fossiles. Il n’y a pas et il n’y aura pas de solution miracle. Rien que pour fournir l’équivalent énergétique du pétrole consommé actuellement de par le monde, il faudrait soit vingt millions d’éoliennes, ou 280 barrages des Trois Gorges (Chine), ou couvrir toute l’Union européenne de champs de colza, ou construire cinq mille réacteurs nucléaires. Il faudra donc utiliser un cocktail d’énergies diverses, chacune étant insuffisante. Ces chiffres sont à multiplier par trois ou plus, lorsqu’il s’agira de remplacer aussi le gaz naturel et le charbon, et à tenir compte de l’accroissement de la  population mondiale.

 

Quatrième évidence : le remplacement des énergies doit se concevoir au niveau local. En effet, chaque région, chaque ville ou village possède des particularités locales, qu’il faudra exploiter. Ici un cours d’eau, qui pourra faire tourner une turbine pour alimenter quelques maisons ou une petite entreprise ; là, c’est la géothermie qui permettra de chauffer des hôpitaux, des écoles, des appartements ; ailleurs, c’est le vent qui pourra alimenter une ville ou un quartier. Et ainsi de suite. Il faudra donc concevoir une localisation de l’énergie.

 

Cinquième évidence : le remplacement des énergies doit se concevoir au niveau global. Les énergies locales seront insuffisantes, notamment pour les installations industrielles énergivores. Tout le monde sait, par exemple, que la Belgique a une situation géographique défavorable en énergies renouvelables, vu sa puissance industrielle. Arrêtons de penser au niveau belge. Nous sommes en Europe, que diable ! C’est à ce niveau qu’il faut organiser la fourniture d’électricité, avec diverses sources renouvelables. Est-il encore sensé de toujours raisonner en termes d’indépendance énergétique du pays. Si cela peut se concevoir pour des grands pays, n’est-ce pas déraisonnable pour un petit pays comme la Belgique ?

 

Sixième évidence : des usages différents demandent des énergies différentes. Raisonner en ne pensant qu’en approvisionnement total n’est pas suffisant. Les véhicules agricoles requièrent un combustible liquide. Eclairer les bâtiments demande de l’électricité. Il faut donc penser à un mix énergétique qui tienne aussi compte de l’activité locale. La vie rurale n’est pas identique à la vie urbaine, et requiert autre chose que des activités industrielles lourdes.

 

Septième évidence : l’infrastructure devra être modifiée. Par exemple, un réseau électrique avec des sources délocalisées multiples et diverses est différent d’un réseau centralisé avec quelques grosses centrales énergétiques.

 

Huitième évidence : tout cela devra être entretenu, réparé. D’où des métiers spécifiques nouveaux et des emplois probablement plus diversifiés et nombreux qu’aujourd’hui. Entretenir et réparer des panneaux photovoltaïques ou des petites éoliennes demande des compétences autres que pour entretenir des grosses éoliennes ou une centrale nucléaire.

 

Neuvième évidence : toute installation a une durée de vie finie. C’est donc tout le cycle de vie des installations, petites et grandes, qu’il faut prévoir.

 

Dixième évidence : notre mode de vie va changer. Pour vous en convaincre, je vous invite à vous arrêter quelques minutes, à imaginer votre environnement quotidien sans pétrole et sans gaz. C’est un exercice instructif. Impensable ? C’est pourtant ainsi que nous et nos enfants vivrons dans quelques décennies.

 

Onzième évidence : construire de nouvelles centrales électriques, concevoir et mettre sur pied un réseau énergétique délocalisé demandera plusieurs décennies. Réagir au coup par coup est insuffisant. Il faut une vision à long terme, concertée. Non, l’énergie éolienne ne sera pas suffisante ; non, les agrocarburants ne seront pas suffisants pour remplacer une grande part du pétrole ; non, l’énergie nucléaire ne sera pas la solution miracle. Mais attention ! Certains

secteurs commencent habilement à mettre la main sur des solutions d’avenir qui pourraient être mieux utilisées ailleurs. L’aviation est très active dans le développement d’agrocarburants de troisième génération, qu’elle se prépare à monopoliser. Des constructeurs de voitures mettent la main sur les réserves de lithium pour s’assurer le monopole des batteries pour véhicules électriques.

 

Il semble que, aujourd’hui, les politiciens ont le nez sur le guidon, orientés vers la résolution des problèmes de notre futur proche. Quant au long terme, il est vraiment temps que les citoyens et les experts mettent sur pied une feuille de route, qui guidera les politiciens à regarder plus loin que le bout du guidon.

 

Michel Wautelet

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 16:18

johnson-family-0111-l.jpegBéa Johnson et sa famille sont connus Outre Atlantique pour un défi qu’ils relèvent depuis trois ans : vivre sans générer de déchets. Pourquoi ce choix ? Comment s’organise leur quotidien ? Alors que la semaine de réduction des déchets se termine aujourd'hui, j’ai voulu en savoir plus.

 

Une consommation vide de sens

 

Béa Johnson est française. Originaire d’Avignon, elle est arrivée aux Etats-Unis en tant que fille au pair. Elle y a rencontré son mari et n’est jamais repartie, adoptant alors le mode de vie américain : grosse maison, 4x4, chien, etc. Pendant sept ans, la jeune femme s’est bercée d’illusions dans le soi-disant bonheur offert par l’hyperconsommation : "au bout d’un moment j’ai ressenti un grand vide, un profond malaise et une immense insatisfaction, comme si une partie de moi mourrait" m’a-t-elle confié il y a plus d’un an.

 

C’est alors qu’elle persuade son mari de déménager, d’aller vivre à l’extérieur de cette immense agglomération qu'est San Francisco : ils choisissent Mill Valley, dans la banlieue nord, à côté de Sausalito. Tout est plus proche mais aussi plus cher, dans cette bourgade aisée, si bien que les Johnson mettent deux ans avant de trouver une demeure à leur goût. Deux ans pendant lesquels ils vivent en appartement, en laissant la majorité de leur mobilier dans un garde-meubles. Ils constatent alors à quel point le strict nécessaire leur suffit au quotidien. "L’expérience nous a plu, le reste s’est révélé superflu : on a tout vendu pour s’installer dans une maison deux fois plus petite qu’avant, on a donné tout ce dont nous n’avions plus l’usage, et nous avons entamé une nouvelle vie, avec peu de choses", se souvient-elle.

Avec le temps, Béa Johnson s’enrichit de ce dont elle s’allège. Son mari, Scott, ne ressent pas le changement de la même manière : pour lui, c’est surtout le temps retrouvé qui compte. "Le moins on a, le plus on passe du temps ensemble, à faire ce que l’on a envie de faire", analyse la jeune femme que vous pouvez voir témoigner avec ses proches dans la vidéo suivante:

 

 

 

 

Un quotidien sans déchet

Forts de cette prise de conscience, les Johnson commencent à s’informer et à se documenter sur l’écologie, le désencombrement, la sobriété heureuse. Béa ouvre un blog pour partager leur expérience et échanger avec d’autres sur leur changement de mode de vie. Aujourd'hui, ils ne génèrent que quelques poignées de détritus par an.

 

Au quotidien, ils revoient leurs habitudes, scrutant chaque détail, évaluant chaque besoin, raisonnant chaque envie. Pour faire les courses, Béa s’approvisionne dans des magasins où il est possible d’acheter les produits en vrac (grains, céréales, farines, quelques goûters). Elle a confectionné des sacs en tissu sur lesquels elle a inscrit le poids du sac : lors du passage en caisse, il suffit alors de peser et de déduire le poids du contenant. Elle utilise aussi des bocaux en verre de un litre dans lesquels elle met du fromage, de la viande, du poisson, de la charcuterie, et réserve le dernier pour les envies du moment (olives, miel ou huile). Depuis, sa cuisine est remplie de bocaux en verre dans lesquels sont entreposées les denrées alimentaires.

Les cosmétiques font partie, avec les médicaments et le nécessaire de bricolage, des éléments les plus difficiles à gérer sans déchets : tout est sur-emballés, alors il faut ruser.

 

Dans la salle de bain, le plus dur fut de supprimer la poubelle. Béa a remplacé les cotons par des lingettes lavables. Elle produit elle-même les cosmétiques et produits d’hygiène, et n’utilise plus qu'un produit de beauté issu du commerce : une crème de protection solaire. Pour les joues, un peu de chocolat en poudre suffit; pour les lèvres, elle fabrique son propre baume à base de cire d’abeille et d’huile de sésame, "qui ne sent pas et concentre beaucoup de vitamine E". Naturellement, shampoing, démêlant et savon sont achetés en vrac.

 

closets-0111-l-300x300.jpegPour les vêtements, Béa s’est inspiré de son passage dans une école de mode pour choisir des habits utilisables d’une saison sur l’autre, d’une occasion à l’autre. Aussi possède-t-elle exactement deux robes, deux jupes, trois pantalons, un short, trois pulls, sept hauts, six paires de chaussures (dont une paire de chaussons), sept culottes, quelques paires de chaussettes et collants, et un soutien-gorge. "Ma robe peut être mise sur un jean, ou sans rien, avec un t-shirt ou non", explique-t-elle.

 

Les séances de shopping se déroulent deux fois par an : "à la mi-avril par exemple, la saison change et j’en profite pour renouveler ce qui doit être remplacé. Je vais généralement dans un magasin de fripes où je trouve tout ce qu’il faut pour les enfants, trois quart de ce qu’il me faut et la moitié de ce qu’il faut pour Scott." Pour les costumes, elle achète du neuf de bonne qualité. Idem pour son jean et ses chaussures, qu’elle maximise pour un usage en toute saison. Sans oublier les couleurs, choisies pour être facilement assorties.

 

La moitié de l'ameublement est issue de récup', le reste a été acheté neuf et de qualité, pour durer. "Nous avons une télévision pour regarder des films, les photos et écouter la radio. Il n'y a pas de console, mais un ordinateur. Les enfants, Max et Léo, trouvent ça mieux de vivre avec moins: c'est moins dur à nettoyer et ranger. Ils ont progressivement réduit les jouets, et cela est devenu naturel pour eux". Ils louent beaucoup de films et de livres à la bibliothèque.

Refuser avant tout

Aussi Béa insiste-t-elle en permanence sur le besoin de refuser et réduire un maximum de superflu à la source. Sa devise est d'ailleurs la suivante: "refuse, reduce, reuse, recycle, rot" (refuser, réduire, réutiliser, recycler, composter). Le recyclage n’est pas LA solution pour elle, ni même le principe d’éco-conception d’un produit "qui finira encore trop souvent en déchetterie". Par son choix de vie, elle souhaite montrer à quel point il est facile de désencombrer et vivre pleinement.

Avec le temps, elle a prouvé à ses proches que ce mode de vie permettait de réaliser des économies : un tiers des dépenses pour la nourriture ont été réduites. "Les gens se disent qu’ils n’ont pas le temps et se disent que cela va coûter trop cher. Bien sûr, il faut être organisé pour y arriver. Mais après, cela prend moins de temps : on réfléchi en deux fois avant d’acheter, cela réduit les dépenses et le temps investis dans le superflu", résume-t-elle.

Le mieux pour en être convaincu est d'essayer, de tester pour approuver. "Le hic, c'est que les gens sont un peu flemmards et ont du mal à changer leurs habitudes", estime-t-elle. Durant l’été 2011, elle a mené l’expérience "zéro déchet" pour sa mère, qui habite dans le sud-est de la France. "Ce fut facile car il y a plus de marchés en France, mais la fraîcheur du vrac n’est pas toujours optimale et je n’ai guère vu de liquide type shampoing à disposition".

Aux Etats-Unis, son mode de vie a été largement relayé dans les médias. Béa Johnson intervient fréquemment pour expliquer les rudiments d'une "vie simplifiée" et travaille actuellement sur un livre à paraître en avril 2013Zero Waste Home: The Ultimate Guide to Simplifying Your Life by Reducing Your Waste.

 

De quoi vous inspirer ?

 

Un article d'Anne-Sophie Novel ( @SoAnn sur twitter), paru le 25/11/2012 sur http://alternatives.blog.lemonde.fr

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 16:12

Les forêts, poumons de la Terre, sont menacées de dépérissement. Les arbres se montrent beaucoup plus vulnérables à la sécheresse que ce que les scientifiques imaginaient. Quand ils manquent d'eau, ils font des embolies : des bulles d'air obstruent les vaisseaux de transport de la précieuse sève des racines à leurs cimes. Un dessèchement fatal les guette. Toutes les espèces sont concernées : feuillus ou conifères. Tous les climats également : humides ou secs.

 

Pour la première fois, une vaste étude internationale jette un regard global sur ce phénomène. Sur plus de 220 espèces réparties dans 80 régions aux climats variés, leurs conclusions, publiées en ligne dans la revue Nature mercredi  21 novembre, pointent une vulnérabilité alarmante pour l'avenir des écosystèmes.

Environ 70 % des arbres étudiés seraient sur le fil du rasoir, fonctionnant à la limite de l'embolie. Leurs marges de manœuvre sont étroites, qu'ils poussent en zone tropicale, en zone tempérée ou en zone de type méditerranéen. "Tous les arbres et toutes les forêts du globe vivent en permanence à la limite de leur rupture hydraulique. Il y a donc une convergence fonctionnelle globale de la réponse de ces écosystèmes à la sécheresse", résume Hervé Cochard, chercheur à l'INRA, à Clermont-Ferrand, et coauteur de l'étude pilotée par Brendan Choat, de l'université Western Sydney (Australie), et Steven Jansen, de l'université d'Ulm (Allemagne).

 

arbre.jpg

 

Cette découverte étonnante conduit à envisager des scénarios catastrophe, sur lesquels les chercheurs ne se prononcent pas : les évolutions prévues du climat devraient être marquées par des épisodes de sécheresse plus fréquents. Une mortalité accrue des arbres fait planer sur les écosystèmes une nouvelle menace, non prise en compte actuellement dans les scénarios climatiques.

 

DES CHERCHEURS TRANSFORMÉS EN PLOMBIERS DE LA BIOSPHÈRE


Pour aboutir à ces constats, les chercheurs se sont transformés en plombiers de la biosphère, afin de sonder l'état de santé des systèmes vasculaires de transport du liquide nutritionnel chez les plantes. La probabilité d'apparition de bulles d'air dans la sève augmente si l'arbre est contraint d'aspirer plus fort la sève dans ses ramifications. C'est ce qui arrive en cas de fortes chaleurs, qui augmentent la transpiration de l'arbre, ou lors d'une carence en eau, qui oblige la plante à pomper intensément.

Ce phénomène d'embolie ou de cavitation a été mesuré dans les années 1960 en utilisant des microphones enregistrant l'éclatement de ces bulles. Depuis, les techniques ont été perfectionnées et les chercheurs sont capables de mesurer à partir de quelle pression dans la sève la conduction hydraulique est diminuée de moitié par la formation de bulles. Ce seuil de vulnérabilité est ensuite comparé à la pression de sève, mesurée in situ pour différentes espèces.

Mauvaise surprise, les scientifiques ont découvert que cette différence est finalement faible pour la majorité des espèces recensées. "Que les forêts de type méditerranéen, soumises à des sécheresses, soient proches de ce seuil n'est sans doute pas étonnant. Mais même les forêts tropicales ont peu de marge de manœuvre", constate Hervé Cochard.

"J'ai pu récemment observer en Guyane que la saison sèche, particulièrement aride cette année, a causé des dégâts. Les plantes pourront sans doute s'en sortir, mais que se passera-t-il si ces épisodes se multiplient ?", s'interroge Jérôme Chave, du laboratoire Evolution et diversité biologique du CNRS, à Toulouse.

 

 LES ARBRES PEUVENT "MOURIR DE FAIM", PAS SEULEMENT DE SOIF


En 2010, dans la revue Forest Ecology and Management, une autre équipe avait alerté sur le nombre inquiétant de forêts affaiblies par la sécheresse. Les 88 zones recensées depuis 1970 n'étaient pas toutes en zone aride, et leur nombre était en augmentation.

"La tendance à la hausse se poursuit. En vingt ans, les superficies connaissant un dépérissement des forêts ont été multipliées par quatre. Dans l'Ouest canadien, c'est une zone équivalente à la forêt française qui est dans ce cas", précise Michel Vennetier, de l'Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture, à Aix-en-Provence, coauteur de l'étude de 2010. Le chef de cette équipe, Craig Allen, plaide d'ailleurs pour un observatoire mondial du dépérissement des forêts, trop de zones, comme la Russie, restant hors des radars faute de données fiables.

"Il est un peu exagéré de faire des problèmes d'embolie la cause unique des dépérissements et mortalité des arbres. D'autres causes existent", note Hendrik Davi, de l'INRA à Avignon. Les arbres peuvent, par exemple, également "mourir de faim" à la suite d'une sécheresse, et pas seulement de soif.

Le premier réflexe d'un arbre soumis à un stress hydrique ou de température est de fermer les organes qui lui permettent d'échanger avec l'extérieur, les stomates. Cela pour éviter la transpiration. Mais ce faisant, le CO2 n'est plus absorbé, et la photosynthèse ne peut plus produire les sucres nécessaires à la croissance. Celle-ci ralentit. L'arbre puise alors dans ses réserves, jusqu'à l'épuisement et éventuellement la mort.

 

 "DISPOSER DE DONNÉES PHYSIOLOGIQUES MONDIALES"

La fin peut être accélérée par l'arrivée d'insectes, comme les scolytes, qui profitent de cet affaiblissement du végétal pour le coloniser. Les "légistes" ont donc souvent du mal à identifier une cause unique lors d'un décès. "Au minimum, ce phénomène de cavitation est un facteur déclenchant. Le seuil que nous avons estimé est aussi le seul trait physiologique pour lequel nous ayons une vision globale", indique M. Cochard.

Son équipe a constaté que les arbres ont des capacités d'adaptation. Ainsi, selon leurs estimations, 40 % des feuillus vivent au-dessus du seuil d'embolie, alors que seuls 6 % des conifères en sont capables. Ce qui prouve que des stratégies de résistance existent. Mais leurs mécanismes ne sont pas encore compris, et les auteurs notent que "ces réparations ne peuvent fonctionner que si les périodes de sécheresse sont suivies de précipitations suffisantes pour revenir à la normale".

"En Provence, les années suivant la canicule de 2003 ont également été très sèches, et nous avons constaté des mortalités importantes sur les pins sylvestres, les sapins et les chênes-lièges quelques années après", rappelle Michel Vennetier.

"C'est important pour nous de disposer de données physiologiques mondiales. Nous pourrons ainsi les intégrer dans nos modèles climatiques tenant compte de la végétation et faire le lien entre les échelles globales et locales. Mais il est trop tôt pour se prononcer sur les conséquences de la découverte de ces risques d'embolie", estime Nicolas Viovy, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (CEA-CNRS-université de Versailles-Saint-Quentin), spécialiste de ces questions de modélisation.

 

Un article du 23/11/2012, issus du site : www.lemonde.fr

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 14:14

Un reportage sur la ferme maraichère biologique du Bec Hellouin gérée selon les principes de la permaculture.

 

Le film fût diffusé à l'UNESCO lors des rencontres de l'Université de la Terre les 2 et 3 avril 2011 pendant l'intervention de la co-fondatrice de la ferme, Perrine Hervé-Gruyer. Cette ancienne juriste internationale reconvertie s'exprimait sur la question "comment repenser la productivité de la terre".

 

 


 
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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 10:01

DELLO_SOS-FAIM110.jpgLe dimanche 14 octobre dernier, j'ai été invité à intervenir pour parler des Initiatives de Transition lors d'échanges qui ont suivi la projection du très bon film "Cultures en Transition" au Festival AlimenTerre, organisé par SOS Faim à Bruxelles.

 

Plusieurs intervenants étaient présents à côté de moi : Christine Mahy, la secrétaire générale du RWLP (réseau Wallon de lutte contre la pauvreté), Juliette Ogbonnikan, rizicultrice au Bénin et Mohamed Gueye, journaliste et rédacteur en chef du Quotidien (Dakar).

 

Toutes ces personnes ont livré des témoignages très intéressants, notamment Juliette Ogbonnikan au sujet de techniques agroécologiques pour la culture du riz, ayant de meilleurs rendements, permettant un meilleur développement social et plus de souveraineté alimenterre que les techniques industrielles. Christine Mahy quand à elle a mis en évidence le fait que des personnes en situation précaire mettent en place des aletrnatives intéressantes mais prennent des risques par rapport à la loi et ne sont pas toujours en mesure de se défendre.

 

J'ai retenu ici le témoignage de Mohamed Gueye, qui nous a parlé du "délestage", un phénomène très présent en Afrique et qui nous en dit plus sur les défis énergétiques :

 

DELLO_SOS-FAIM108.jpg"Je suis Mohamed Gueye, je suis journaliste, rédacteur en chef d'un journal qui s'appelle le Quotidien, à Dakar. C'est un journal d'informations générales.

 

Parlons de « délestage », c'est un phénomène qu'on connaît dans beaucoup de pays d'Afrique, d'Afrique subsaharienne plus particulièrement. Ça va du Sénégal et a un moment ça a même touché l'Afrique du Sud, c'est dire l'ampleur de ce problème là. En fait, il s'agit de la crise énergétique, le peuple africain souffre de ce problème qui fait que la plupart du temps nous tirons notre électricité de l'énergie thermique, c'est à dire du pétrole. C'est un produit dont beaucoup de pays africains ne disposent pas en suffisance, donc il arrive que les turbines tournent à vide et qu'on ne parvienne pas à satisfaire la demande nationale. Ce qui fait que dans certaines grandes villes d'Afrique, il y a des coupures d'électricité qui durent jusqu'à 10h de temps.

 

C'est un phénomène qu'on a commencé à appeler délestage, qui consiste pour les compagnies d'électricité à priver d'électricité une partie d'une ville, un quartier ou plusieurs quartiers pour pouvoir fournir en suffisance d'autres quartiers. Et comme ça à tour de rôle dans plusieurs quartiers, ce qui fait qu'on dit dans le jargon « on a délesté ici pour pouvoir lester un autre quartier » et ainsi de suite.

 

C'est un phénomène courant qui ne concerne pas que les pays pauvres, parce que contrairement à ce qu'on pourrait penser, un pays comme le Nigeria, le grand Nigeria, d'Afrique noire, premier producteur africain de pétrole en souffre, et en souffre terriblement, tout simplement parce que parfois les décisions politiques ne sont pas toujours prises au bénéfice des populations. Le Nigeria, avec ses millions de barils par jour, n'a pas de raffinerie qui puisse raffiner son propre pétrole. Ce qui fait qu'il vend son pétrole brut à l'étranger et achète du pétrole raffiné pour pouvoir faire tourner ses centrales thermiques. Et il arrive comme dans beaucoup de pays d'Afrique qu'il y ait des ruptures de stock. Et le Nigeria, est l'un des pays les plus gravement affecté en Afrique noire, aussi drôle que ça puisse paraître".

 

Il est intéressant de constater que nous, belges, ne possédons pas de puits de pétrole sur notre territoire, et pourtant nous bénéficions pour le moment de carburant et d'énergie sans se poser la question de sa provenance, alors que des pays producteurs, comme le Nigéria, vendent leur production à l'étranger mais ne peuvent pas satisfaire leur demande intérieure.

 

Selon de plus en plus de spécialistes, nous entrons maintenant dans une période où le pétrole va être de plus en plus cher, et de plus en plus rare. Avec la rareté de cette source d'énergie, les autres types d'énergie vont aussi être de plus en plus chères. Ce phénomène sera amplifié par le fait qu'une partie d'entre elles se dirigent également vers un épuisement progressif et donc plus de rareté et des prix plus élevés (gaz, uranium...).

 

Subirons nous ce phénomène de délestage ou choissirons nous de nous préparer à la situation en diminuant progressivement nos besoins en énergie ? Les Initiatives de Transition, dont celle que nous avons démarré à Ath en 2010, ont choisi de considérer cette situation comme une opportunité et agissent pour planifier "la descente énergétique" et augmenter la résilience du territoire en relocalisant ce qui peut l'être avec la vision d'un avenir préférable au présent...

 

Et si planifier chez nous la descente énergétique et la relocalisation était aussi une façon pour nous d'aider ces pays à résoudre leurs problèmes énergétiques et leurs problèmes de souveraineté alimentaire ?

 

Josué Dusoulier

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 21:54

montauban.png 28 Juillet 2012, Africajars.

 

En 2050, ma ville aura une constitution et une monnaie citoyenne. Sa constitution préservera notre bien commun et étendra nos libertés individuelles. Sa monnaie complémentaire à l’euro et locale distinguera socialement ceux qui contribueront à cette utilité commune.

 

Ainsi, la mission première de ma commune sera de préserver dans le temps la santé de ses citoyens et visera sans relâche à leur donner les moyens de choisir au mieux leur existence pour expérimenter le chemin de leur propre bonheur dans le respect des humains et de la nature.

 

Une ceinture verte entourera Montauban assurant ainsi à ses habitants une alimentation saine, de quoi se vêtir voire même se chauffer et construire des espaces de vie harmonieux.

 

Tous les espaces de ma commune seront rendus à la vie et aux humains. Ils seront fonctionnels, beaux et bien isolés au point que l’été il y fera bon et que l’hiver, la chaleur de ses habitants suffira à les chauffer.

 

Au sein de ces espaces, bien reliés entre eux, les montalbanais(es), exerceront l’activité de leur choix qu’elle soit de nature marchande, non marchande ou un mix entre les deux. Les produits et les services qu’ils produiront seront échangeables en euros, en monnaies citoyennes, en temps voire par un simple troc.

 

Mes concitoyens pourront échanger ces produits et ces services en toute connaissance de cause car ils connaitront leur l’impact sur la nature et les humains. En effet, chaque entreprise, dont le siège est sur notre ville ou vendant sur notre territoire sa production, recevra une note de développement soutenable conditionnant une taxe ou une subvention réintégrant dans ses couts cet impact et devra l’imprimer sur ses produits

 

A Montauban, sur le fronton de notre mairie et sur son site internet, sera affichée seconde après seconde la balance énergétique entre production et consommation de notre ville. En 2050, le 31 décembre à minuit nous ferons la fête. Une grande fête. Une fête populaire. Pourquoi ?

 

Parce que tous ensemble, transcendant nos appartenances, nos origines et nos classes, après la signature du Manifeste d’Union pour une Société Ecologique il y a 40 ans, nous aurons, pour la première fois, généré plus d’énergie renouvelable et locale que nos dépenses énergétiques !

 

En même temps, les montalbanais(e)s auront un niveau de confort et de mobilité jamais atteint jusqu’à présent avec en prime un allégement sans précédent de leur factures alimentaires, énergétiques, de logement et de transport.

 

Le centre ville sera rendu aux piétons, aux vélos, aux véhicules individuels et collectifs propres. Les transports collectifs couvriront les besoins de déplacements réguliers des montalbanais(e)s vers leurs espaces d’activités, pendant que des véhicules propres en partage leur donneront l’accès à des transports à la carte. La fibre optique de très haut débit permettra de limiter au minimum les déplacements tout en relayant en temps réel tous les citoyens, les entreprises et notre collectivité territoriale. D’ailleurs, tous les logiciels utilisés par nos services publics seront sous licence libre.

 

Tous en seront équipés car, l’exercice de notre citoyenneté en temps réel sera privilégié pour les décisions qui touchent au bien commun et aux libertés individuelles. Le consensus sera recherché, sinon le consentement ( intégration de toutes les objection) et à minima les 2/3 des voix. On ne décide plus depuis longtemps à Montauban ce qui nous est commun à tous, à une voix près ! Cela ferait rire ou pleurer nos enfants.

 

A chaque point cardinal de la ceinture verte entourant le chef lieu du Tarn & Garonne, seront implantés de grands parkings permettant d’échanger les véhicules à énergie fossile contre des véhicules propres en partage. Des navettes électriques ou à gaz méthanisés relieront l’intérieur à l’extérieur de notre commune. Piloter par les besoins de mobilité de nos citoyens, leur fréquence et leur nombre s’adapteront aux besoins ponctuels de la population.

 

A cotés de ces parkings extérieurs, de grands entrepôts logistiques informatisés gèreront les flux entrant et sortant de marchandises afin que seules les navettes propres de la commune desservent de façon optimale les citoyens, les entreprises et les services de notre collectivité. Le drame du temps de vie perdu dans les transports sera raconté à nos enfants dans les soirées d’hivers !

 

Ainsi, les montalbanais(e)s auront accompli ce que personne ne croyait possible : Préserver le bien commun, voire l’enrichir pour eux et les générations futures tout en étendant leurs libertés individuelles !

 

A oui ! j’ai oublié quelque chose d’important. Tou(te)s les montalbanais(e)s depuis 20 ans reçoivent, en monnaie complémentaire et locale, un revenu d’existence inconditionnel, inaliénable, cumulable avec tout autre revenu d’activité, qu’ils peuvent dépenser à leur gré dans les entreprises locales respectueuses des humains et de la nature.

 

Il(elle) le reçoit chaque mois de la naissance à la mort indépendamment de sa participation à la production marchande. En fait, il est la redistribution, en partie et égalitaire, entre tous les habitant(e)s de Montauban, des économies permises par la transition écologique qu’ils ont accompli ensemble depuis près de 40 ans.

 

Leurs enfants, eux, jusqu’à leur majorité n’en perçoivent que la moitié. Il est géré par leur parent pour leur éducation. L’autre moitié alimente, jusqu’à leur majorité, un Fond d’Investissement pour la Transition. Celui-ci finance chaque année des dizaines d’organisations marchandes ou non afin de les aider s’installer sur notre territoire et à opérer la transition écologique.

 

Ainsi des centaines d’entreprises œuvrant pour la préservation de notre bien commun et pour l’extension de nos libertés individuelles se sont jointes à notre tissu local. Le besoin en main œuvre pour opérer la transition aura attiré de nombreuses entreprises d’autant qu’elles bénéficieront de conditions d’installation privilégiées et de ce fond d’investissement pour la transition.

 

Mais revenons à notre citoyen(e) majeur(e). Le jour de sa majorité, le(la) jeune montalbanai(e)s se retrouve avec ses ami(e)s du même âge à une cérémonie d’entrée dans la communauté de vie Montalbanaise et plus largement dans celle plus large de notre planète.

 

En cadeau de bienvenue, elle recevra en totalité et en monnaie citoyenne, son premier revenu d’existence complet et un capital abondé par 20 ans d’investissements dans l’économie locale. Cela lui permettra, dès sa majorité, de choisir librement une activité non pas pour avoir un revenu mais parce qu’il(elle) en aura dèjà un ! D’autre part, il(elle) pourra investir son capital d’existence dans la réalisation de son rêve, celui avec lequel il(elle) est venue ou bien simplement pour construire sa propre maison ou entrer en copropriété dans un éco-habitat groupé !

 

Mais les Montalbanais(e)s savent aussi qu’ils doivent beaucoup de leur réussite présente au reste du monde. C’est pour cela que la commune s’est jumelée depuis le premier revenu d’existence versé, et sans condition, avec d’autres villes du monde qui n’ont pas eu notre chance.

 

Lors de cette cérémonie, chaque nouveau citoyen majeur gagne un frère jumeau ou une sœur jumelle, citoyen(ne) de l’une de ces villes qui reçoit alors lui aussi un revenu d’existence et un capital équivalent dans son pays. La commune propose alors au nouveau citoyen un an de service civique dans l’organisation de sont choix qu’elle soit locale ou internationale. En près de 40 ans, je n’ai jamais vu personne refuser !

 

C’est peut être pour tout cela aussi que les Assemblées Communales Territoriales qui se réunissent pour actualiser tous les trois ans notre constitution et contrôler le mandat de nos élu(e)s durant toute cette période sont toujours pleines à craquer et pourtant les membres de cette assemblée ne se connaissent souvent pas : Ils sont tous tirés au sort !

 

Mais c’est vrai que je trouve, en relisant l’histoire de mon rêve, que je suis un peu chauvin là ! Car dans mon rêve, en 2050, Montauban fut la dernière ville au monde à accomplir sa transition ! Pourquoi ? Je ne sais pas… C’est peut être pour cela que je me suis réveillé, parce que les derniers seront peut être un jour les premiers !

 

Frédéric,

En transition.

www.alternativeshumanistes.info

 

Un article inspirant paru sur Mediapart, le 29 juillet 2012

 

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 07:00

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Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis le 23 août, nous vivons tous à crédit. A crédit de la Terre. Ce 23 août, nous avons consommé toutes les ressources que la Terre produit en une année. Nous puisons maintenant dans le capital.

 

Le Global Footprint Network (organisation internationale qui travaille sur le concept d’empreinte écologique) a annoncé le 23 août 2012 que nous avons atteint le Global Overshoot Day.

 

Cela signifie que nous avons déjà consommé en huit mois au niveau mondial toutes les ressources que la Terre est capable de produire en un an. Nous vivrons donc à crédit pour le reste de l’année, puisant dans le capital de ressources de la Terre.

 

(...)

 

Suite de l'article et références sur le site du WWF

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 08:00

Le chef cuisinier Dan Barber est confronté à un dilemme, comme beaucoup de chefs aujourd'hui : Comment garder du poisson au menu quand on connais les conditions actuelles de la (sur)pèche ?

 

Avec un travail de recherche impeccable et un humour glacé, il nous explique sa quête d'un poisson élevé dans le respect de l'environnement et dont il puisse tomber "amoureux", et la lune de miel de gastronome qu'il vit depuis qu'il a découvert un poisson incroyablement délicieux, élevé en Espagne selon des méthodes révolutionnaires. 

 

Cette histoire inspirante donne une idée de ce que pourrait devenir l'agriculture si nous nous posions la question de la qualité de ce que nous mangeons... Mais ouvre aussi la perspective d'une agritculture qui régénère les écosystèmes au lieu de les détruire.

 

"Comment je suis tombé amoureux d'un poisson ?"

 

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 08:00

pablo-servigne.jpg

 

Par Pablo Servigne, une analyse de l'asbl Barricade (2011) (pdf).

 

Pablo
 Servigne
 est
 agronome
 et
 docteur
 en
 sciences.
 En
 2008
 il
 quitte
 le
 monde
 de
 la
 recherche
 universitaire
 pour
 s'engager
 à
 plein
 temps
 dans
 la
 transition.
 Il
 est
 aujourd'hui
 formateur 
en permaculture 
et 
en agroécologie, 
animateur
 en 
éducation
 permanente
 à 
l'asbl
 Barricade
 (Liège),
 journaliste
 et
  conférencier.
 Il
 vit
 à
 Bruxelles
 où
 il
 participe
 à
 l'initiative
 d'Ixelles‐en‐Transition.


 

Le texte de son article a été publié sans être modifié. Les cadres, liens et photos ont été ajoutés par nos soins.

 

---

Les crises se succèdent et s'amplifient. Le monde craque de partout. Nombreux sont celles et ceux qui désirent inventer un autre mode de vie. Mais comment changer "le système" ? Comment en imaginer un autre ? Que faire concrètement ?

Certains ont déjà commencé le chantier de reconstruction : c'est le mouvement des "villes en transition". L'idée se répand depuis trois ou quatre ans à travers le monde, s'invite à tous les débats et suscite beaucoup d'enthousiasme. Mais une transition vers quoi ? D'où vient cette idée ? En quoi est-elle originale ? Petit détour historique.

 

Au 16e siècle, les élites européennes prennent conscience que la Terre est ronde et qu’elle tourne autour du soleil. Elle est finie et n’est plus le centre de l’univers. L’angoisse existentielle de l’humanité ne fera alors que grandir. Darwin montrera que tous les êtres vivants sont nos cousins et que nous ne sommes qu’une petite branche perdue dans le grand buisson de la vie. Freud découvrira que ce n’est même pas la raison qui guide la plupart de nos comportements. Plus récemment, les éthologues prouveront que le rire, la culture ou l’utilisation d’outils ne sont même plus le propre de l’humain. Nous n’avons pas non plus fini d’entrevoir l’étroitesse de notre petit « vaisseau spatial ». Ces dernières années, nous découvrons la fragilité d’une Terre aux ressources très peu renouvelables, l’irréversibilité des dégâts qu’on lui inflige et surtout la fin de l’ère de l’énergie disponible à volonté.

 

Depuis 40 ans, la conscience écologique tente avec grand peine de raisonner un système économique irrationnel, injuste et débridé. Même si elle a considérablement gagné en puissance ces dernières années, cette conscience écologique ne s’est pas faite en six jours. Voici quelques grandes étapes qui, sans prétendre retracer la pensée écologiste, permettent de comprendre d’où vient l’idée de Transition, ou plus précisément, de comprendre en quoi nos

sociétés sont capables aujourd’hui de comprendre et même d’adopter cette idée.

 

livre limitesdelacroissance-226x3001972 : la croissance a des limites

C’est dans le creuset du célèbre MIT (Massachussets Institute of Technology, USA) que se forme un groupe de recherche international, le Club de Rome, qui se donne pour objectif de modéliser le système « monde » avec tous les outils modernes d’informatique, de cybernétique et les connaissances les plus récentes en économie, industrie, agriculture et démographie. Ils rédigeront un rapport devenu célèbre, The limits to growth1 (les limites de la croissance), qui conclut que « si les taux de croissance [de l’époque] de la population mondiale, de l’industrialisation, de la pollution, de la production de nourriture, et de l’épuisement des ressources demeurent inchangés, les limites à la croissance sur cette

planète seront atteintes au cours des 100 prochaines années. La conséquence la plus probable sera un brusque et incontrôlable déclin à la fois de la population et de la capacité industrielle ». Ils ajoutent – c’est important – qu’il est possible de changer ces paramètres pour trouver un juste équilibre de stabilité écologique et économique qui satisfasse tout le monde. Si l’on décide d’opter pour ce second scénario, alors ses chances de succès seront plus grandes si l’on s’y met rapidement.

 

Le monde prend donc acte que la croissance économique est limitée. Sacré choc ! Cette idée va rester gravée dans la conscience collective, on commencera déjà à murmurer qu’il faudrait effectuer une transition vers un autre modèle... Mais malheureusement cela ne pas débouchera pas sur des mesures politiques concrètes.

 

Le grand bond en arrière

Les années 70 sont aussi celles des premiers chocs pétroliers. La société occidentale entrevoit la fin de l’ère du pétrole, mais ne veut pas y croire. Déjà à l’époque, les solutions proposées par les écologistes pour vivre de manière équilibrée et économiser l’énergie existent déjà. Mais elles sont discrètement mises sous le tapis par les pouvoirs en place. On se replie sur les sources de pétrole du Moyen Orient, l’équilibre géostratégique change, souvent au profit de guerres (du Golfe par exemple) et la perfusion massive de l’économie recommence. La vague néolibérale des années 80 (Reagan, Thatcher) replonge les sociétés dans la croissance en agitant l’épouvantail du chômage, l’économie se mondialise,

la finance gagne en puissance. Mais les peurs du pic pétrolier et surtout d’une crise systémique disparaissent, c’est surtout cela qui compte. En 1987, l’imposture prend explicitement un nom avec l’invention du « développement durable », un terme rendu populaire par le « rapport Bruntland 2» . Quarante années seront ainsi perdues 3.

 

2002 : la décroissance parle français

Dans le milieu francophone, la critique radicale issue de la prise de conscience des années 70 prend plutôt le nom « d’après-développement », une réflexion théorique qui a cheminé « de façon quasi souterraine entre 1972, grande époque des précurseurs (Nicholas Georgescu-Roegen, Ivan Illich & André Gorz) et 2002, l’année du colloque à l’UNESCO “ Défaire le développement, refaire le monde ”, acte de naissance du mouvement de la décroissance 4 ». Ce mot décroissance, qui a été forgé en 2002 5 afin de ne pas être récupéré par les économistes « classiques », devient alors la bannière derrière laquelle se construisent des critiques radicales du système économique et les propositions pour une économie relocalisée plus humaine. Mais dans le monde anglo-saxon, l’imaginaire et les mots utilisés ne sont pas les mêmes...

 

image.V2C0BW.png2005 : le retour du pic

Symboliquement, on peut fixer à 2005 la nouvelle prise de conscience du problème énergétique, date à laquelle l’équipe de Robert Hirsch rend son rapport 6 au Département de l’Énergie du gouvernement des États-Unis d’Amérique. Le rapport Hirsch est sans appel et ne pourra plus être ignoré : le pic de pétrole arrivera bientôt et sera brutal. Il touchera de plein fouet les États-Unis. « Le pic de production mondiale de pétrole donne aux États-Unis et au monde un problème de gestion des risques sans précédent. À l’approche du pic, les prix des carburants liquides et la volatilité des prix va augmenter considérablement, et, sans mesures d’atténuation mises en place à temps, les coûts économiques, sociaux et politiques seront sans précédent. Des mesures crédibles d’atténuation des conséquences existent à la fois sur l’offre et sur la demande, mais pour avoir un impact substantiel, elles doivent être mises en place plus d’une décennie avant le pic pétrolier. »

 

Le vrai problème est qu’aujourd’hui, nous sommes très probablement en train de passer le pic du pétrole. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, le pic aurait été passé en 2006 ! (rapport 2009). Mais le pétrole n’est pas le seul problème : dans une vingtaine d’années, il se pourrait que nous passions le pic du gaz naturel, et dans une quarantaine d’années le pic de l’uranium (si toutefois on continue à investir dans l’énergie nucléaire...). Et c’est aussi oublier les autres ressources stratégiques comme le phosphore, indispensable à l’agriculture industrielle, qui commence déjà son déclin. Certains auteurs suggèrent par conséquent des effets importants de ces pics sur la société : un déclin de la croissance, de l’approvisionnement en eau potable, de la santé publique ou même de la population mondiale 7 ...

 

Le rapport Hirsch marquera quelques élus ou experts, dont les plus connus sont Richard Heinberg ou Yves Cochet, qui s’efforceront alors de rendre publique cette idée. Mais il auront le plus grand mal car personne ne veut entendre la mauvaise nouvelle. Le problème de l’énergie et du pic pétrolier n’a pas vraiment eu d’impact sur les médias, et étrangement assez peu chez les écologistes francophones 8. Pour ces derniers, la préoccupation principale est surtout le changement climatique.

 

Changementclimatique7.png 2006 et 2007 : le réchauffement s’ invite à la fête

Il est clair que les urgences écologiques reviennent en force dans les années 2000. Mais alors que le problème de la couche d’ozone ne fait jamais vraiment beaucoup de bruit, et que les marées noires (Erika et Prestige) sont traitées

comme des événements ponctuels, c’est le problème global du changement climatique (et du co2) qui va envahir les médias.

 

Au fil des années, le monde scientifique s’accorde sur un consensus :  le réchauffement est un fait, les activités humaines en sont la cause, le problème est global, et les conséquences sont potentiellement désastreuses. Mais alors que ces résultats ont du mal à pénétrer les sphères des élites (et surtout les cerveaux d’économistes), deux événements médiatiques majeurs vont graver le réchauffement climatique dans les consciences. En 2006, la publication (à la demande du gouvernement britannique) du rapport de l’économiste Nicolas Stern bouleverse le monde de l’économie. L’avantage de Stern, c’est qu’il parle le langage des économistes : il montre que des actions préventives fortes et

massives contre le réchauffement climatique coûteront beaucoup moins cher qu’un laissez-faire. Pour lui, ce problème est potentiellement la plus grande « défaillance de marché » que le monde économique aura à subir. Pire, en 2008, Nicolas Stern reconnaît avoir gravement sous-estimé l’ampleur des risques climatiques ! À cette époque, on commence même à parler de « transition vers une économie post-carbone »... L’autre événement majeur, c’est l’attribution en 2007 du prix Nobel de la paix au groupe du GIEC et à Al Gore 9, au moment où le film de ce dernier se diffuse sur les écrans du monde entier 10.

 

À partir de ce moment, le réchauffement climatique ne sera plus jamais ignoré des médias et de la conscience collective.

 

Rob Hopkins 3 medium-1 2008 : pic pétrolier et changement climatique sont inséparables

En 2008 paraît le Manuel de Transition, le livre fondateur du mouvement des Villes en Transition. Son auteur, Rob Hopkins, remarque que certains écologistes ont une étrange tendance à minimiser ou occulter l’un ou l’autre des deux problèmes. Si l’on reste sur la logique du changement climatique sans prendre conscience du pic pétrolier (rapport Stern), on peut être amené à proposer des solutions comme la capture et le stockage du carbone, la compensation des émissions par la plantation d’arbres, les bourses au carbone, l’amélioration de la logistique des transports ou pire, l’énergie nucléaire !

 

Alors que si l’on ne prend en considération que le pic pétrolier (rapport Hirsch), on trouve alors logique de favoriser l’utilisation du charbon et du gaz liquéfié, des sables bitumineux ou des agrocarburants, ou par exemple, d’assouplir la

réglementation des forages.  Les problèmes sont différents et les solutions de chaque « camp » sont souvent incompatibles. Pour reprendre l’analogie de Richard Heinberg, un spécialiste du pic pétrolier, « au niveau superficiel, nous pourrions dire que le changement climatique est la question de ce qui sort du tuyau d’échappement, tandis que

le pic pétrolier est la question de ce qu’on met dans le réservoir d’essence 11 ». Pour Rob Hopkins, « il est essentiel d’accorder une égale importance au changement climatique et au pic pétrolier dans toutes nos décisions à venir ». Prendre les deux problèmes ensemble, c’est se diriger vers des solutions systémiques, telles que la relocalisation planifiée de l’économie, des quotas énergétiques négociables, des infrastructures énergétiques décentralisées, une production alimentaire locale, une planification de la descente énergétique, etc 12. Bref, un nouveau « système ».

 

pic-petrole-et-changement-climatique.png Rob Hopkins remarque judicieusement que « le changement climatique nous dit que nous devrions changer, tandis que le pic pétrolier nous dit que nous allons être forcés de changer ». Il ajoute qu’il est « intéressant de constater que le changement climatique est aujourd’hui rapidement pris en compte par les entreprises et de plus en plus par les gouvernements. [...] L’idée que l’on peut maintenir l’économie mondialisée tout en se contentant de réduire ses émissions de gaz carbonique d’année en année est attrayante, elle est même maintenant vue comme essentielle pour rester en tête de la compétition. Mis à part le gouvernement de la Suède et peut-être celui de l’Irlande, il ne se trouve pas de gouvernement ou d’entreprise qui ait vraiment pris en compte le pic pétrolier ou même admis son existence, tout au moins en public, parce que le modèle économique que tous observent aura grand peine à s’y adapter. Pour cette raison, l’impulsion pour la réduction des émissions de gaz carbonique procède dans une large mesure de haut en bas, tandis que les réponses au pic pétrolier, parce que celui-ci est plus difficile à digérer par les gouvernements et l’industrie, semblent davantage procéder du bas vers le haut 13 ».

 

2007 - 2010 : il faut changer le système

La crise de l’éclatement de la bulle financière américaine (subprimes) de l’été 2007 a marqué les consciences. Car en plus d’une crise de confiance mondiale, elle a mis à jour l’interdépendance de tous les pays ainsi que la fragilité, l’injustice et l’absurdité du système financier mondial. En 2008, la crise a même eu des conséquences sur les prix des denrées agricoles mondiales et a donc remis le problème de la sécurité alimentaire à l’ordre du jour. Depuis, il ne se passe pas une année sans l’émergence d’un grand mouvement social en Europe : les retraites en France, la révolte contre les mesures d’austérité en Grèce, l’éclatement de la bulle immobilière en Espagne, etc. Toutes ces manifestations

font le constat qu’il faut changer de système. Mais l’impasse dans laquelle nous nous trouvons provoque un sentiment d’impuissance angoissant.

 

prospérité sans croissance arton1533 Une autre idée se confirme et s’ajoute à cette angoisse : le capitalisme repeint en vert est lui aussi une impasse. Il est vrai que « l’idée que l’on peut maintenir l’économie mondialisée tout en se contentant de réduire ses émissions de gaz carbonique d’année en année est attrayante 14 ». Mais dans son indispensable ouvrage, Tim Jackson marque son époque en dressant les lignes directrices d’une refondation de la macroéconomie découplée de la croissance 15. Il montre surtout que le développement d’une technologie plus efficace et moins polluante ne réglera pas le problème écologique. C’est le même constat que fait Daniel Tanuro 16 : le capitalisme vert est tout aussi dangereux pour la

terre que pour l’équilibre social. Les défis sociaux et environnementaux sont désormais indissociables. On en revient à notre « système » qu’il faut changer.

 

Face à ce problème global dont personne ne sait vraiment par quel bout le prendre, c’est un sentiment d’impuissance qui nous envahit. Que faire ? Faut-il voter ? Pour qui ? Faut-il faire la révolution ? Quels modèles avons-nous à notre disposition ? Tout compte fait... sommes-nous simplement capables d’imaginer l’avenir ? Et comment sortir de cette peur paralysante ?

 

2008 : la clé est psychologique

« Quand vous entendez les mots “ changement climatique ” et “ pic pétrolier ”, quel effet ont-ils sur vous ? Quels sont les impulsions ou les instincts qu’ils provoquent chez vous ? Si je dois deviner et si vous êtes comme la plupart des gens à qui j’ai  posé la question, ces mots font surgir des sentiments d’impuissance, de tristesse, de lassitude et l’impression d’être placé devant quelque chose d’énorme et d’effrayant sur quoi vous vous estimez incapable d’exercer une quelconque influence. Ce n’est pas dans cet état d’esprit qu’il faut partir si nous voulons accomplir quelque chose, faire quelque chose ou créer quelque chose. Car il ne tend pas à produire une action dynamique appliquée, et nous devons pour cela nous sentir motivés et inspirés. En bref, nous sommes sur le point d’affronter la tâche la plus importante de l’histoire, et nous y sommes on ne peut plus mal préparés 17. »


L’esprit humain a cela de particulier que lorsqu’on lui demande de changer un comportement nuisible, il ne le fera pas tant qu’il ne verra pas une alternative crédible. Il est têtu au point même de s’autodétruire. La raison paraît impuissante face à ce mécanisme de repli. Certains auront beau expliquer, démontrer, prouver, argumenter que le mode de vie occidental est nuisible, si la plupart des gens n’entrevoient pas une autre solution, ils ne changeront pas 18. L’une des grandes avancées du mouvement des Villes en Transition est sans aucun doute d’avoir su « débloquer » notre esprit et le tourner vers des actions positives, concrètes et libératrices. « Notre meilleure chance de nous occuper efficacement du changement climatique et du pic pétrolier proviendra de notre aptitude à encourager les gens à voir dans la transition [...] une aventure dans laquelle ils peuvent investir espoir et énergie 19. »

 

Cette préoccupation de contourner les barrières psychologiques et d’adopter une vision positive de l’avenir est l’aspect le plus original et le plus fascinant de la Transition. À la manière de Tim Jackson qui voit l’avenir sans croissance mais avec prospérité (espoir en l’avenir), « le message essentiel à retenir [du manuel de transition] est que l’avenir avec moins de pétrole pourrait être meilleur que le présent, mais seulement si nous nous mettons à concevoir cette transition avec suffisamment de créativité et d’imagination 20 ».

 

L’autre aspect « positif » de la Transition est ce souci de ne pas nourrir la critique, de ne pas produire de discours de dénonciation, d’éviter de nommer les ennemis, et de se contenter de construire. La critique n’est pas le rôle des « transitionneurs », il y a déjà beaucoup d’associations et de partis qui le font très bien ! Il est normal que cela perturbe certains militants habitués des conflits sociaux et des rapports de force. Mais nous sommes ici dans une conception pragmatique du territoire entièrement tournée vers l’action.  Comme le dit l’agroécologiste Pierre Rahbi, « la meilleure façon de m’insurger a été de tenter de construire d’autres choses, avec une autre logique 21 ». Ne pas rester dans l’opposition, mais bâtir dès maintenant, et commencer avec ses voisins, voilà la Transition.

 

manuel de transition 2008 - 2009 : réinventer nos mythes

En réalité, tout n’est pas si simple que cela. Toucher à la psychologie du changement c’est bien, mais il s’avère aussi utile d’aller encore plus en profondeur, et de toucher aux fondements mêmes de nos comportements. Nous les humains, raffolons des histoires. On nous en raconte depuis la plus tendre enfance, et ces histoires deviennent nos références, et rendent notre monde cohérent. Chaque société fonctionne avec quelques histoires que l’on se transmet de génération en génération, ce sont les mythes. Un mythe est une histoire que nous avons tellement bien intégrée qu’elle est devenue

invisible ! Malheureusement, notre société n’en connaît qu’un : le mythe du progrès. Vous le connaissez tous, il dit que l’avenir sera meilleur demain parce que la science et la technique trouveront des solutions. On l’appellera le mythe « Star Wars ». En deux mots, vous avez compris : l’avenir de l’humanité pourrait bien se trouver sur d’autres planètes, la technique nous sauvera. « Ils trouveront bien quelque chose ».

 

Cette histoire a aussi son versant obscur, c’est le mythe de l’apocalypse ou de l’effondrement. C’est l’histoire d’un paradis perdu à cause d’un péché originel, puis une lente dégradation et enfin un effondrement généralisé qui permettra à quelques élus de retrouver le paradis perdu. Ce scénario tourne en boucle dans les principales religions monothéistes, et même chez les marxistes (le péché originel étant l’invention de la propriété privée, et le paradis attendu, la révolution) ou même chez les néo-primitivistes (le péché étant l’invention de l’agriculture qui a sédentarisé les sociétés et formé des méga-machines qui s’effondreront et permettront le retour au paradis des chasseurs-cueilleurs). Concernant la peur de la fin du pétrole, ce scénario fonctionne d’autant mieux que l’industrie du cinéma nous en a même donné les images : c’est le scénario « Mad Max ». Deux mots suffisent pour comprendre, c’est ça le pouvoir de l’imaginaire.

 

En 2008, un livre de John Michael Greer vient perturber ces deux histoires 22 : en réalité, pour cet auteur assez lucide, l’avenir sera très probablement un déclin énergétique lent de deux ou trois cents ans qui oscillera entre phases de régression et petites phases de léger progrès. C’est ce qu’il nomme « la longue descente ». Il n’y aura pas d’effondrement généralisé et il ne faut pas non plus s’attendre à un progrès technique. Une autre originalité du

mouvement de la Transition est qu’il assume que son discours ne soit pas toujours prometteur d’émancipation.

La Transition est donc un effort d’imagination, un effort collectif d’anticipati on du meilleur scénario : ni Mad Max, ni Star Wars. Il reste cependant à l’inventer dès maintenant, localement, et avec nos voisins. Imaginez un nouveau type d’économie, qui soit stable dans le long terme mais toujours actif dans un contexte mondial, riche en emplois de qualité, une vie remplie de sens, des infrastructures inépuisables en énergie... Choisissez votre chemin, visualisez-le, et rendez-le réel par vos actions. Voilà encore un visage de la Transition. Changez les mythes pour changer le monde. C’est précisément ce que Serge Latouche, le principal théoricien de la Décroissance, appelle de ses vœux en invitant à « décoloniser l’imaginaire ». Écrire, conter, imaginer, faire ressentir... Il y aura aussi du travail pour les artistes durant la Transition !

 

resilience.png 2008 : le concept de résilience

L’autre grande nouveauté de la Transition, c’est la résilience. C’est un concept très utile emprunté à la physique et repris par l’écologie scientifique et la psychologie qui peut se définir comme « la capacité d’un système à absorber une

perturbation et à se réorganiser en intégrant ce changement, tout en conservant essentiellement la même fonction, la même structure, la même identité et les mêmes capacités de réaction 23». La résilience désigne simplement la capacité d’un écosystème à résister aux chocs et aux changements. La Transition invite alors à construire de la résilience plutôt que de limiter les émissions de carbone : c’est psychologiquement plus positif et socialement plus constructif.

 

Comment augmenter la résilience d’une région ou d’une communauté ? « L’expérience écologique répond que, dans un domaine, la spécialisation permet d’accroître les performances mais fragilise la robustesse de l’ensemble. Au contraire, la diversité renforce la résistance et les capacités d’adaptation. Réintroduire les jardins potagers, la polyculture, l’agriculture de proximité, des petites unités artisanales, la multiplication des sources d’énergie renouvelable, renforcent la résilience. Deux institutions humaines apparaissent de façon récurrente à travers les vicissitudes de l’histoire et témoignent d’une extraordinaire résilience, l’une rurale, la petite exploitation paysanne autosuffisante, l’autre plus urbaine, l’atelier artisanal 24


ville resilienteFavoriser la diversification et l’autosuffisance signifie renforcer l’autonomie des localités (quelles que soient les divisions que les communautés choisissent). Ne pas dépendre d’une seule source de richesse ou d’approvisionnement, voilà le secret. Il ne s’agit pas pour autant de s’enfermer dans l’autarcie. « Le retour au local ne sera pas un processus isolationniste consistant à tourner le dos à la communauté mondiale. Il consistera plutôt à amener les communautés et les nations à se rencontrer à partir d’un lieu qui n’en soit pas un de dépendance mutuelle mais de résilience accrue 25 ». Au final, ce concept une fois compris, permet de visualiser un avenir concret. « Une résilience accrue et une économie locale renforcée ne signifient pas l’édification de murailles autour de nos villes ni le refus d’y laisser entrer ou sortir quoi que ce soit. Ce n’est pas le rejet du commerce ni une sorte de retour à une version idyllique d’un passé imaginaire. Il s’agit plutôt d’être mieux préparés pour un avenir plus sobre, plus autosuffisant et qui favorise ce qui est local au lieu de ce qui est importé 26. »

 

Bref , une anticipation radicalement concrète

Ce petit détour historique ne présente, bien entendu, qu’une vision subjective de la Transition et chacun sera libre de la discuter. Le concept sera même amené à changer, mûrir, évoluer, muter, mais (il faudra faire attention) il sera facilement récupérable par les actuels hérauts de l’ordre établi. Il ne faut pas oublier que les batailles se jouent surtout sur le terrain sémantique. Le mot « Transition » étant volontairement très neutre pour qu’un maximum de gens puisse l’adopter, il est aussi facilement récupérable, de la même manière que l’a été le « développement durable ». Il est donc important de bien saisir dès à présent son sens, ses implications et son histoire pour en cerner les enjeux et le garder fonctionnel durant au moins les 40 prochaines années !

 

Pour résumer, la Transition est un concept et un mouvement récent, d’origine anglo-saxonne bien qu’il se répande à grande vitesse partout ailleurs. On parle actuellement près de 800 villes officiellement en Transition dans le monde

(dont une favela au Brésil !). Même si l’idée d’effectuer une transition était dans l’air depuis les premiers chocs écologiques, c’est surtout le Manuel de Transition de Rob Hopkins qui a formalisé le concept de la manière la plus

complète et la plus intéressante. Voici les quatre prémisses sur lesquelles est fondée la Transition décrite dans ce manuel 27 :

 

1°) Nous ne pourrons pas éviter de vivre en consommant beaucoup moins d’énergie. Il vaut mieux s’y préparer que d’être pris par surprise ;


2°) Nos établissements humains et nos communautés manquent de la résilience nécessaire pour survivre aux importants chocs énergétiques qui accompagneront le pic pétrolier ;


3°) Nous devons agir collectivement et nous devons le faire maintenant ;


4°) En stimulant le génie collectif de notre entourage pour concevoir en avance et avec créativité notre descente énergétique, nous pouvons construire des modes de vie plus interreliés, plus enrichissants et qui reconnaissent les limites biologiques de notre planète.

 

On part donc du postulat que les conditions extérieures nous obligeront à changer radicalement de mode de vie dans un futur proche. Alors plutôt que de subir ce changement, il s’agit de l’anticiper et de le préparer dès à présent. « Le modèle de la transition se base essentiellement sur le fait de donner aux citoyens du temps et des ressources nécessaires pour réfléchir et agir 28». Christian Arnsperger poursuit son invitation à la transition en ajoutant que même si elle implique un changement profond des institutions et de nos modes de vie, la Transition ne force pas les gens à changer selon un mode de vie préétabli au nom de la « durabilité » ou d’un quelconque autre slogan. Cette anticipation, pensée et vécue collectivement, puis transformée localement en actions, c’est cela la Transition.

 

mains

Le mouvement de la Transition est-il politique ? Non ! s’empresseront de répondre certains. Mais si ! répondront d’autres. À la différence des objecteurs de croissance qui ont (entre autres actions) formé un mouvement politique, le mouvement des Villes en Transition ne tente pas de changer le monde par le « haut », mais au contraire naît de l’organisation locale des citoyens. En cela, le mouvement pourrait être qualifié d’« apartidiste », à la manière des « Indignados » des places d’Europe (mai 2011). Mais par le fait que le mouvement change le monde et l’organisation sociale des communautés, on peut dire qu’il est politique au sens noble du terme. Cela ne signifie pas qu’il évacue d’un revers de main les conflits sociaux et les rapports de force entre classes. 

 

La grande force du mouvement de la Transition est qu’au moment des rapports de force, il aura des arguments concrets à proposer : une expérience de terrain, des modèles économiques naissants, et pourquoi pas, la réappropriation des moyens de production des conditions de base de la vie, qui permettront le luxe de pouvoir refuser le vieux modèle. Ce rapport au politique est une importante question que nous ne manquerons pas de traiter dans une autre analyse.

Bref, la Transition n’est ni une révolution brutale, ni une révolte, ni un effondrement généralisé, pas plus un changement par « le haut » dirigé depuis des instances lointaines avec un programme précis. C’est plutôt un changement progressif de relocalisation de l’économie, par « le bas », diversifié, lent, constructif, pacifique et radical (car elle prend le problème à la racine).  C’est imaginer, programmer et construire localement une descente énergétique qui prendra 30 ou 40 ans et nous conduira à l’ère « post-carbone ». Ne pas faire table rase signifie forcément qu’il y aura des compromis utiles à faire et des rapports de force à gérer. Personne ne sait vraiment quels chemins seront empruntés, puisque les choix se font sur place avec les personnes présentes. Il n’y a pas de programme officiel.

 

La Transition est une vision positive et pragmatique de l’avenir. En fait, c’est bien plus qu’une idée, c’est du concret ! On peut même s’aventurer à dire que c’est le défi de notre génération.

 

Pablo Servigne, juin 2011

 

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[1] Le livre a été traduit en français : Halte à la croissance, Fayard, 1972, mais est aujourd’hui épuisé. (NDR : Depuis, une réactualisation de 2004 a été traduite en français et est parue dans le courant de l'année 2012).

 

[2] Publié par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement des Nations unies, il a pris le nom de la présidente de la commission, la Norvégienne Gro Harlem Brundtland.

 

[3] C’est Le grand bond en arrière, titre du livre de Serge Halimi, Fayard, 2004.

 

[4] Serge Latouche, Le pari de la décroissance, Fayard/Pluriel 2010, p ii.

 

[5] C’est surtout le sommet de la Terre de l’ONU à Johannesbourg qui va exaspérer les écologistes. Durant ce sommet, l’expression développement durable a été récupérée par toutes les langues de bois.

 

[6] « Peaking of World Oil Production : Impacts, Mitigation, and Risk Management », février 2005, disponible sur  www.netl.doe.gov/publications/others/pdf/oil_peaking_netl.pdf

 

[7] Richard Heinberg, Peak everything, Clairview Books, 2007.

 

[8] Par exemple, la page Wikipedia sur le rapport Hirsch n’existe pas en français.

 

[9] GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et Al Gore, ancien vice-Président des  États-Unis d’Amérique.

 

[10] Davis Guggenheim, Une vérité qui dérange, Lawrence Bender Productions, dvd, 2007.

 

[11] Richard Heinberg, « Bridging peak oil and climate change activism », Museletter n°177, janvier 2007,  www.richardheinberg.com/museletter/177

 

[12] Rob Hopkins, Manuel de Transition, Silence/Écosociété, 2010, p. 38.

 

[13] Rob Hopkins, op. cit., p. 39.

 

[14] Ibidem.

 

[15] Tim Jackson, Prospérité sans croissance, Etopia/De Boeck, 2010.

 

[16] Daniel Tanuro, L’impossible capitalisme vert, La Découverte, 2010.

 

[17] Rob Hopkins, op. cit., p. 83.

 

[18] C’est le thème d’un roman de science-fiction d’Isaac Asimov, intitulé Les Dieux eux-mêmes, Denoël, 1973.

 

[19] Rob Hopkins, op. cit., p. 56.

 

[20] Ibidem, p. 83.

 

[21] Le Monde Magazine, 4 juin 2011.

 

[22] John Michael Greer, The long descent, New Society Publishers, 2008.

 

[23] Walker & al., « Resilience, adaptability and transformability in social-ecological systems », Ecology and Society, n°9, p. 5. (2002), cité dans Hopkins 2008.

 

[24] Serge Latouche, op. cit., p. v.

 

[25] Rob Hopkins, op. cit., p. 78.

 

[26] Ibidem, p. 61.

 

[27] Ibidem, p. 132.

 

[28] Blog de Christian Arnsperger : transitioneconomique.blogspot.com

 

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Pour aller plus loin

Pour une rapide introduction à la Transition économique, voir l’analyse de Christian Jonet, « Introduction à la transition économique et écologique », Barricade, Décembre 2010, disponible sur : www.barricade.be/spip.php?article151

 

Livres

Club de Rome, Halte à la croissance, Fayard, 1972.

Serge Latouche, Le pari de la décroissance, Fayard/Pluriel 2010.

Daniel Tanuro, L’impossible capitalisme vert, La Découverte, 2010.

P. M., Bolo’ Bolo, L’Éclat, 1998. Disponible en Lyber sur www.lyber-eclat.net

 

Sur la transition

Rob Hopkins, Manuel de Transition, Silence/Ecosociété, 2010.

Tim Jackson, Prospérité sans croissance, Etopia/De Boeck, 2010.

 

Sur le pic pétrolier

Richard Heinberg, Pétrole, la fête est finie !, Demi-Lune, 2008.

Yves Cochet, Pétrole apocalypse, Fayard, 2005.

 

Agir

Contactez les initiatives locales de Transition. Renseignez-vous : votre village ou votre quartier sont-ils en transition ? Si non, lisez le Manuel de Transition de Rob Hopkins et formez un groupe !

 

 

Au sujet de l'asbl Barricade

Barricade se définit comme un espace public, un lieu dédié à la confrontation des idées, et comme une plate-forme permettant la rencontre des différents mondes militants, du secteur de l’éducation permanente au milieu syndical en passant par le monde académique ou le secteur de l’économique sociale.

Lieu d’émancipation collective et de création d’alternatives, l’asbl Barricade s’est développée depuis 1996 dans le quartier Pierreuse à Liège via diverses expérimentations culturelles, sociales et économiques.

Sa librairie « Entre-Temps »,  à la fois militante et généraliste, est emblématique du projet. A l’intersection du secteur de l’économie sociale et de l’éducation permanente, elle revendique un fonctionnement autogestionnaire et une finalité

culturelle et sociale plutôt que le profit.

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 08:00

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Les initiatives de transition ne se préoccupent pas uniquement du pic du pétrole. Les changements climatiques, les crises du système économique et l'érosion de la biodiversité sont aussi au centre des inquiétudes. Les projets de transition veulent développer des alternatives positives au mode de vie actuel, dont le fonctionnement entraîne un épuisement de plus en plus rapide des ressources naturelles, sans pour autant développer le bien-être... Alors, qu'est-ce qui nous retiens de changer ?

 

Nous vous présentons ici un article au sujet d'une étude concernant les écosystèmes et la biodiversité. Cette étude nous montre, une fois de plus, que le moment n'est plus aux doutes, mais à la mise en oeuvre collective d'alternatives positives pour nous et pour les 'écosystèmes. Bâtir la résilience est la priorité.

 

L'accélération de la perte de biodiversité

En se basant sur des théories scientifiques, des modélisations d'écosystèmes et des preuves paléontologiques, une équipe de 18 chercheurs, incluant un professeur de la Simon Fraser University (SFU, Vancouver), prédit que les écosystèmes terriens vont faire face à un effondrement imminent et irréversible.

Un complément d'information :

La fin de la planète en 2100 ?, par Audrey Gadric, journaliste au Monde.fr

Dans un article récemment publié dans Nature, les auteurs examinent l'accélération de la perte de biodiversité, les fluctuations climatiques de plus en plus extrêmes, l'interconnexion grandissante des écosystèmes et le changement radical dans le bilan énergétique global. Ils suggèrent que tous ces éléments constituent des précurseurs à l'apparition d'un état planétaire de seuil ou encore d'un point de basculement. Si cela s'avérait exact, ce que les auteurs prédisent pour le siècle en cours, les écosystèmes de la planète, en l'état de connaissances actuelles, pourraient rapidement et irréversiblement s'effondrer.

 

"Le dernier point de basculement dans l'histoire de la Terre est apparu il y a 12.000 ans, lorsque notre planète est passée de l'âge de glace, qui a duré 100.000 ans, à un état inter glacial", dit Arne Mooers, professeur de biodiversité à SFU. "Alors, des changements biologiques les plus extrêmes menant à notre état actuel sont apparus en seulement 1000 ans. C'est comme passer de l'état de bébé à l'âge adulte en moins d'une année. Et la planète est en train de changer encore plus vite aujourd'hui".

 

"Il y a une probabilité élevée que le prochain changement d'état global sera extrêmement perturbateur pour nos civilisations. Souvenez-vous, nous sommes passés de l'état de chasseurs-cueilleurs à celui capable de marcher sur la Lune dans une des périodes les plus stables et anodines de toute l'histoire de la Terre", précise Moeers. "Lorsque le seuil sera atteint, ce sera un point de non-retour. La planète ne possède pas la mémoire de son état précédent".

 

Ces projections contredisent une croyance populaire répandue selon laquelle la pression de l'Homme sur le changement climatique qui détruit notre planète est encore contestable, et qu'un effondrement serait alors graduel et étalé sur plusieurs siècles. L'étude conclut que nous serions avisés de ne pas transformer la surface de la Terre de plus de 50%, ou nous ne serions plus capables d'inverser ce processus. Nous avons aujourd'hui atteint 43% de ces changements, en convertissant les paysages en zones agricoles et urbaines. "En un mot, les hommes n'ont rien fait réellement d'important pour éviter le pire car les structures sociales existantes ne sont juste pas les bonnes", dit Mooers. "Mes collègues qui étudient les changements climatiques induits à travers l'histoire de la Terre sont plus qu'inquiets. En fait, ils sont terrifiés".

 

Sources :

- Article paru sur le site internet de l'Université Simon Fraser : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/7Avu8

- Article publié dans la revue Nature : http://www.nature.com/nature/journal/v486/n7401/full/nature11018.html

- Article traduit par : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70447.htm

- L'information a aussi été relayée sur la RTBF radio et télévision : http://www.rtbf.be/info/societe/detail_la-terre-pourrait-ne-pas-atteindre-le-xxiie-siecle?id=7802257


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