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  • : Ath en Transition
  • : Et si notre réponse au pic du pétrole, aux changements climatiques et aux crises économiques ressemblait plus à une fête qu'à une marche de protestation ?
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logo-transition-network.gifAth en Transition fait partie du Transition Network, avec plus de 1100 villes et territoires dans le monde. C'est une progression extraordinaire que le mouvement citoyen et mondial de la transition connaît depuis la fin 2006.

Le mouvement se structure maintenant aussi chez nous avec le Réseau Transition Wallonie - Bruxelles.

Agenda

2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 20:00

meteo-Guyane

Une découverte de pétrole historique ?

«Historique», c’est ainsi qu’avait été saluée la découverte de pétrole au large de la Guyane. Suspendues au début du mois par Nicole Bricq, à son arrivée au ministère de l’Ecologie français, les autorisations pour réaliser des premiers forages et études sismiques ont finalement été délivrées, après un arbitrage gouvernemental qui lui a coûté son maroquin.

 

Après être montés au créneau, Shell, Total et les associations de pétroliers se sont réjouis de ce revirement aussi brutal qu’inattendu. Présenté comme un «potentiel économique majeur», ce pétrole est supposé faire d’une pierre deux coups : réduire la très forte dépendance aux importations de pétrole de la métropole et offrir emplois et revenus à la Guyane. Quel soulagement ! Comme si le pic pétrolier ou les défis climatiques ne nous concernaient plus. Mais ce gisement est-il de nature à faire reculer le pic pétrolier et/ou assouvir les besoins hexagonaux ?

 

Des chiffres trompeurs...

Selon les dernières données de Shell, le bassin pétrolier guyanais comporterait 700 millions de barils ; 300 pourraient en être extraits. Ce champ offshore est supposé être le miroir géologique du champ Jubilee, découvert en 2007 au large du Ghana, qui recèlerait 1,4 milliard de barils. Plus hypothétique encore, les industriels parient sur un bassin d’hydrocarbures environnant pouvant contenir jusqu’à 5 milliards de barils. Soit, selon les estimations retenues, entre 0,025% et 0,4% des réserves mondiales prouvées actuelles.

 

Puisque la France consomme environ 2 millions de barils par jour, le gisement guyanais représente tout au plus une poignée d’années de consommation française. Rien qui ne puisse changer durablement la donne. Dans son rapport de l’automne 2010, l’Agence internationale de l’énergie estime que la production des champs de pétrole conventionnel existants devrait chuter de près de 30%, soit 20 millions de barils par jour, d’ici à 2020. Dit autrement, pour maintenir la production de pétrole conventionnel d’ici à 2020, ce sont deux Arabie Saoudite qu’il faudrait découvrir et mettre en exploitation. A cette aune, les découvertes supposées en Guyane sont infimes. Négligeables, disent les économistes. En tout cas, loin d’être «historiques».

 

ixene-1687-louisiane-petrole 127356684896633400 Au mépris de...

Sans doute est-ce la raison pour laquelle les prospections et exploitations de pétrole non-conventionnel s’emballent. Exploitation en eaux profondes, pétrole issu de sables bitumineux ou de schiste, exploration en Arctique, l’industrie pétrolière est désireuse de forer toujours plus loin et plus profond. En Guyane, il s’agirait de creuser à 6 000 mètres de profondeur, tout près d’une des dernières grandes mangroves de la planète jusqu’ici à peu près préservée. Au risque de conséquences écologiques gravissimes, comme la marée noire du Golfe du Mexique. Au mépris également des exigences climatiques.

 

Sur la base d’une étude du Postdam Institute for Climate Impact Research, l’ONG Carbon Tracker a calculé qu’il ne fallait pas émettre plus de 565 gigatonnes de CO2 ou équivalents CO2 d’ici à 2050 pour avoir 4 chances sur 5 de ne pas dépasser les 2° C d’augmentation de la température globale - au-delà desquels les dérèglements climatiques ne seraient plus maîtrisables. Or, la combustion de toutes les réserves prouvées de pétrole, charbon et gaz de la planète engendrerait 2 795 gigatonnes de CO2. Soit 5 fois plus. Dit autrement, 80% de ces réserves ne doivent pas être extraites et consommées si l’on veut respecter les préconisations des scientifiques. Ces résultats peuvent être précisés. Mais les ordres de grandeur sont là. A échéance d’un demi-siècle, nos sociétés ne seront pas confrontées à une pénurie de pétrole, mais à un trop-plein.

 

Pourquoi donc continuer à forer et creuser sans tenir compte de ces réalités, si ce n’est pour assouvir l’avidité d’industries pétrolières et gazières dont les valeurs boursières et les triple A délivrés par les agences de notation sont basés sur le maintien et l’accroissement de ces réserves ? Réserves qui n’ont guère de valeur si nous ne pouvons en utiliser qu’un cinquième. En ce sens, la recherche et l’extraction de ressources énergétiques fossiles peuvent-elles être laissées à la seule appréciation du secteur privé, alors que de leurs décisions dépend la possibilité ou non d’assurer une certaine stabilité climatique, bien commun de l’humanité ?

 

Laisser le pétrole dans le sol, voilà une idée à creuser

Sauf à verser dans le climatoscepticisme ou la destruction programmée de la planète, la lucidité imposerait donc de stopper les explorations en cours, Arctique compris. Une sorte de moratoire international que la France pourrait initier avec les gisements en Guyane. Pendant ce temps, place serait faite à des politiques locales, nationales et internationales pour une vraie transition énergétique, permettant de ralentir les extractions actuelles, en commençant par les plus polluantes, afin de concentrer nos efforts sur la sobriété et l’efficacité énergétiques, et le développement des énergies renouvelables.

 

 

 

Publié le 28 juin 2012 sur Liberation.fr. Par MAXIME COMBES Economiste, membre de l’Aitec (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs)

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 08:00

Comment sortir de l'urbanisme fossile, qui, à grand renfort d'énergie pétrolière, est à l'origine du phénomène désormais universel de l'étalement urbain ? L'ASPO a tracé les pistes de l'autonomie énergétique, dont un Land en Autriche est pionnier.

 

16024_une.jpg

 

A l'occasion de sa dixième conférence, l'ASPO (Association pour l'étude du pic pétrolier et gazier), réunie à Vienne unbenannt-1.5038659.jpgjusqu'au 1er juin, a tracé les pistes de l'après-pétrole. Le professeur de technologie à l'Université d'Innsbruck, Wolfgang Streicher, y a présenté un scénario d'autarcie énergétique pour l'Autriche d'ici à 2050, destiné au ministère de l'environnement autrichien (voir sa présentation dans la vidéo en bas de cet article). D'étymologie grecque, le mot autarcie signifie la capacité pour un système ou une communauté de se sustenter par soi-même, en utilisant des ressources produites d'origine locale. Un système autarcique peut être un foyer, une commune, une région ou un pays qui n'utilisent que des biens et services produits par eux-mêmes, sans recourir à des importations.

 

En matière d'énergie, les secteurs concernés par l'autarcie sont le bâtiment, l'industrie et la mobilité. Pour qu'ils ne soient alimentés qu'en sources d'énergies domestiques, deux conditions sont requises : une stricte limitation des besoins, et un système de stockage local et saisonnier d'énergie pour compenser l'intermittence des renouvelables et éviter les importations. Mais, pointe Wolfgang Streicher, la société est-elle prête à se passer de vacances aux Maldives, de vêtements fabriqués en Chine, de pommes produites en Espagne ? En matière d'alimentation, est-elle prête à manger moins de viande ? Et, du côté de l'habitat, les citoyens seront-ils disposés à jouer le jeu de la densification, alors que le logement individuel est primé par les ménages, malgré les inconvénients qu'il induit en terme de rallonge des temps de transport ? Tout le système est organisé de manière non autarcique.

 

Pourquoi envisager l'autarcie énergétique ? D'abord pour se mettre à l'abri de l'évolution de plus en plus erratique des prix du pétrole : outre sa volatilité, le prix du brut ne cesse d'augmenter et se maintient au-dessus de 100 dollars le baril depuis plus d'un an. Ensuite parce que c'est le charbon qui domine le mix énergétique fossile des pays de l'OCDE et de l'ex URSS, dans le ratio ressources-production. Enfin, la raison climatique : déstocker ce charbon ne serait pas sans conséquences sur le réchauffement, dont les effets, en Autriche, se manifestent par le spectaculaire retrait du glacier Pasterze.

 

Une modification cruciale du système énergétique

Premier élément de l'autarcie énergétique, la détermination d'un périmètre de consommation et de production, selon un ensemble de critères : des énergies locales, des échanges frontaliers possibles avec les pays riverains, un stockage saisonnier de l'électricité et des bio-carburants produits en Autriche, sous réserve du maintien constant des zones dédiées à la production agricole, le renoncement aux énergies fossiles et nucléaire. La cartographie des consommations actuelles, secteur par secteur, représentée par un diagramme de Sankey représentant les flux énergétiques, est également un pré-requis. L'évaluation des potentialités en ressources et en techniques de production d'énergies renouvelables en est une autre.

 

L'étude présentée par Wolfgang Streicher montre que l'autarcie énergétique, sur la base de 100% de renouvelables, est théoriquement possible en Autriche d'ici à 2050, à condition d'une "modification cruciale du système énergétique et de la forme des services énergétiques. La marge de manœuvre est relativement étroite, et le potentiel de renouvelables devra être presque entièrement exploité. Les conditions politiques de cette évolution doivent être mises en ouvre dès aujourd'hui". Les consommations devront en tout état de cause être réduites de moitié. Dans le domaine de la mobilité, le basculement vers les transports en commun sera presque total, grâce à une redéfinition complète des infrastructures. Le transport individuel sera soit non motorisé (vélo), soit à base de "e-véhicules" ultra légers consommant 12 kilowattheures pour 100 km. L'espace de l'habitat sera densifié, le logement individuel sera en raréfaction au profit d'immeubles offrant des prestations comparables à celles de maisons individuelles grâce à une conception personnalisée des appartements. Les énergies de l'habitat combineront la géothermie, le solaire thermique et photovoltaïque, l'hydroélectricité et l'éolien, tandis que les habitats anciens auront tous été réhabilités selon des normes thermiques exigeantes. Dans l'industrie, les besoins de chaleur pourront être fournis par le méthane et les biocarburants, mais l'ensemble des consommations du secteur devra avoir décru de 35%.

 

vorarlberg_005403_large.jpgL'exemple du Vorarlberg

Dans un essai très documenté, la journaliste et architecte Dominique Gauzin-Müller décrit un petit Land autrichien, le Vorarlberg, comme un territoire emblématique en raison de sa position géographique enclavée par des barrières naturelles (le lac de Constance à l'ouest et le massif alpin autrichien à l'est) et des frontières politiques : l'Allemagne au nord, la Suisse et le Liechtenstein au sud-ouest. En juin 2011, 371 384 habitants se partageaient 2 600 kilomètres carrés, soit environ la moitié de la surface d'un département français moyen, comme le Lot. La densité de population y est la plus élevée d'Autriche après celle de Vienne. Environ trois quarts des habitants se concentrent dans la plaine du Rhin, qui ne représente que 17 % de la surface mais regroupe la majorité des activités économiques et de grands axes routiers et ferroviaires internationaux. Le reste est couvert de montagnes (jusqu'à 3 312 mètres d'altitude) et plutôt orienté vers l'élevage, l'exploitation forestière et le tourisme.

 

En matière d'autonomie énergétique, le Voralberg est sans doute la région la plus avancée d'Europe. "Son objectif phare est d'ailleurs d'atteindre en 2050 l'autonomie énergétique (électricité, chauffage, carburants) à partir de ressources renouvelables locales. Cette indépendance commence par la réduction des besoins grâce à la sobriété, qui est liée aux comportements, et à l'efficacité, qui touche les installations. Campagnes d'information et missions de conseil auprès des particuliers, des entreprises et des collectivités incitent aux économies d'énergie. Les communes donnent l'exemple en construisant de nouveaux bâtiments très performants et en améliorant l'efficacité énergétique des équipements existants", écrit Dominique Gauzin-Müller dans un nouvel ouvrage à paraître.

 

Côté énergies renouvelables, la situation géographique et climatique du Vorarlberg n'est pas favorable à l'éolien, mais toutes les autres sources sont exploitées, en particulier la biomasse (le Land est très boisé), le solaire, la géothermie et l'hydraulique, qui couvre 97 % des besoins en électricité, dont 10 % environ grâce à de petites centrales, qui rendent certaines communes de montagne presque autonomes. Une trentaine de microturbines sont implantées sur le réseau d'eau potable. Le Land compte aussi une centaine de centrales de chauffage au bois avec réseau de chaleur, soit quasiment une pour chacune de ses quatre-vingt-seize communes. Certaines ont été initiées par des collectivités locales, d'autres par des institutions sociales et religieuses, des coopératives d'agriculteurs ou des particuliers.

 

Un article d'Agnès Sinaï sur Actu-environnement.com

La présentation de Wolfgang Streicher à la conférence ASPO 2012 (en anglais)

 

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 13:00

Bristol-Peak-Oil-Report.jpg

 

Cet article présente principalement le rapport réalisé à Bristol (rédigé par Simone Osborn) au sujet de l'impact de la raréfaction du pétrole sur la ville. Le rapport comprend des recommandations pour renforcer la capacité de la ville à résister et s'adapter face au choc de la fin du pétrole bon marché.

 

« Building a positive future for Bristol after Peak Oil » : Note de lecture

Saviez-vous qu’on anticipe des émeutes de la faim, en ce début du 21 ° siècle, dans la 6e économie mondiale, et que des villes importantes estiment que les crises énergétiques à venir auront des conséquences locales majeures, et s'y préparent ?

 

Cette note présente le « Bristol Peal Oil Report » [1], un document officiel d’une ville anglaise de 430.000 habitants. Après une exposition du contexte de ce rapport, son contenu est présenté sommairement, et l'on essaie ensuite de montrer les profondes différences d’appréciation de la situation énergétique mondiale entre le France et l’Angleterre.

 

Contexte

Anciens exportateurs d’hydrocarbures, les Britanniques voient aujourd'hui leurs champs de pétrole et de gaz de la mer du Nord décliner irrémédiablement. L’information concernant l’état des réserves de pétroles mondiales est largement relayée par la presse, alimentant le débat public, renforçant la lutte contre le réchauffement climatique

Nous vous proposons aussi de découvrir le rapport réalisé à Toulouse : "Toulouse apres le Pic du pétrole"

 

Pour aller plus loin, voyez aussi le "Plan d'action de descente énergétique" de Totnes en transition.

Au plus haut niveau sont écrits des rapports sur le ‘peak oil’ et ses possibles conséquences économiques et sociales [2]. Les Anglais investissent par ailleurs massivement dans des sources d’énergie renouvelables (non fossiles), dans les transports collectifs et vélos, etc. Ils ont introduit une taxe carbone, et prennent en compte le carbone contenu dans la commande publique.

 

Au niveau local se met en place un réseau d'initiatives de ‘villes en transition’ [3], regroupant plus d’un millier de villes, quartier ou district, destinés à renforcer la résilience de ces communautés, c'est-à-dire leur capacité à résister à un choc externe. Certaines sont de véritables laboratoires, expérimentant des monnaies complémentaires, des cartes de rationnement ou de nouvelles techniques agricoles.

 

Bristol s’inscrit dans ce mouvement de ville en transition. La taille de la ville, son importance économique et la qualité de son rapport en font un bon exemple de ce qui se passe outre-Manche et du niveau de prise de conscience des problématiques énergétiques.

po.1276295345.thumbnail « Peak oil Report - Building a positive future for Bristol after Peak Oil »

Ce rapport de 100 pages, publié par le conseil municipal de Bristol, commence par expliquer en quoi le pétrole est important, et les raisons qui font qu’il va devenir de plus en plus rare et cher. Il cite les études de l'Agence Internationale de l’Énergie [4], des agences nationales, de Total, Shell ou Aramco, explique qu’il n’y pas d’alternative au pétrole disponible suffisamment rapidement, et rappelle le lien avec le réchauffement climatique.

 

Le rapport synthétise ensuite les vulnérabilités de Bristol au Peak Oil, telles que la hausse du prix des transports et de l’alimentation, les risques de ruptures en alimentation ou en médicaments, le ralentissement économique lié au renchérissement des matières premières et des transports, l’impact sur les services publics dépendant du pétrole (police, collecte des ordures, …) ou de son prix (chauffage des bâtiments, coûts des réparations,..), etc…

 

Le chapitre suivant étudie les possibles conséquences sociales, citant les exemples de paniques intervenus lors de précédentes ruptures d’approvisionnement, l’augmentation des inégalités, l’impact sur l’emploi (rappelant que chaque choc pétrolier a été suivi d’une augmentation du chômage), le resserrement du crédit (credit crunch). Il cite le modèle de Ayres, qui lie l'évolution du PIB au prix de l’énergie [5]. Le chapitre conclut par la nécessité d’augmenter la résilience de la ville au Peak Oil.

 

Le rapport traite ensuite des transports, notamment l’accès aux magasins et aux lieux de travail, l’efficacité énergétique des moyens de transport, l’importance des vélos, la très grande vulnérabilité du transport aérien. Suit une liste de propositions ambitieuses, mais globalement classiques.

 

Le chapitre suivant, concernant l’alimentation, rappelle l’importance du pétrole pour produire la nourriture (engrais, mécanisation, transport, stockage réfrigéré …) et les risques importants de crise alimentaire. Il propose des actions telles que relocaliser les productions alimentaires, produire de la nourriture dans la ville, former les citoyens à produire et stocker les aliments, former les agriculteurs à des types de production moins dépendante du pétrole…

 

Malmo-Cycling-2-3b42c.jpgLa vulnérabilité du système de santé à des coupures d’approvisionnement est ensuite analysée, ainsi que l’impact du prix de l’énergie. Sont proposées entre autres une relocalisation des soins, une adaptation des pratiques médicales, l’information des citoyens.

 

Le chapitre suivant traite des services publics (police et pompiers ont besoin de pétrole, il en faut aussi pour le bitume ...) , l’impact de l’inflation et du prix du pétrole sur les ressources publiques, l’action sociale, le nombre de crimes et délits, … . Bristol prévoit d’augmenter les surfaces maraichères, réduire l’énergie nécessaire à collecter et traiter les ordures, préparer des procédures et des lieux d’accueils d’urgences (par exemple en cas de crash économique), constituer un stock de pétrole municipal,…

 

L’économie est le thème suivant, dans lequel les vulnérabilités de chaque secteur sont analysées, pour cause de pétrole cher, difficulté de transport et d’approvisionnement, resserrement du crédit, volatilité des prix, …. Parmi les actions proposées, notons l’introduction d’une monnaie locale, la relocalisation des approvisionnements, l’amélioration des transports publics.

 

Le dernier chapitre est consacré à la production et aux consommations d’énergie, par exemple l’énergie nécessaire à pomper et purifier l’eau potable. Parmi les actions, favoriser la sobriété énergétique et en eau, micro-génération à partir de biomasse, méthanisation des déchets, …

 

La 3e partie synthétise une centaine d’actions possibles pour minimiser les vulnérabilités de Bristol au peak oil, et les indicateurs pour suivre ces actions. Cette partie est pour l'essentiel traduite à la fin de cette note.

 

Le rapport est précédé d’un résumé pour décideur, et suivi d’annexes pédagogiques expliquant les problématiques énergétiques ( Peak Oil, énergies alternatives, ressources nationales) et présentant ce qui se fait ailleurs (notamment à Portland, USA).

 

intro-to-transition_AB.jpg ‘Résilience’ versus ‘Développement Durable’

Ce rapport illustre la différence de niveau de conscience de la réalité du pic de production du pétrole entre Britanniques et Français. En France par exemple les scénario de politique publique (transports, aménagement urbain ou territorial …) ne prend pas en compte explicitement l’hypothèse d’une hausse rapide du prix de l’énergie, pas plus que les plans climats territoriaux ne s’intéressent aux conséquences locales de la réduction des stocks d'hydrocarbures, qui est pourtant la contrepartie de l’augmentation du CO2 atmosphérique.

 

Résilience et descente énergétique’ (ligne n°4 du dessin) d’un côté de la Manche, ‘développement durable’ (ligne n°3 du dessin) de l’autre côté: tandis que les Anglais estiment que les alternatives au pétrole sont loin d’être prêtes industriellement et se préparent à une ‘descente énergétique’ subie, nous mettons beaucoup d'espoirs dans des révolutions technologiques à venir pour maintenir la croissance. Alors que nous planifions pour réduire vertueusement nos émissions de gaz à effet de serre, ils planifient pour assurer leur sécurité alimentaire et la survie du système social.

 

Les britanniques et les villes en transition nous montrent qu'une démocratie peut se préparer à des changements profonds et des risques majeurs, en expliquant sans démagogie les contraintes aux citoyens, et en les impliquant pour maintenir l’essentiel.

Espérons que ce réalisme anglo-saxon inspirera les politiques de nos villes et l’action citoyenne dans les prochaines années.

 

-- Thierry Caminel

Ingénieur

 

(Ce document peut être redistribué et utilisé sans restriction)

 

Référence : 

[1] http://www.transitionbristol.net/transition-bristol-resources-and-reports/

 

[2] par exemple:

 

(en) “UK Res Global Oil Depletion Report” : http://www.ukerc.ac.uk/support/Global%20Oil%20Depletion

(enà “UK Industry Task-Force on Peak Oil and Energy Security Report : - http://peakoiltaskforce.net/

(audio) Chronique de J.M Jancovici : http://www.france-info.com/chroniques-le-regard-de-jean-marc-jancovici-2010-05-07-les-elections-en-grande-bretagne-439320-81-442.html

(fr) http://petrole.blog.lemonde.fr/2010/04/09/en-grande-bretagne-gouvernement-et-industriels-debatent-du-peak-oil-a-huis-clos/

 

[3] (en) http://www.transitionnetwork.org/ ; (fr) http://villesentransition.net/

Sur l'approvisionnement en nourriture de Bristol : http://www.bristol.gov.uk/ccm/content/Health-Social-Care/health-policy/food-for-bristol.en

 

[4] (en) http://www.independent.co.uk/news/science/warning-oil-supplies-are-running-out-fast-1766585.html

 

[5] (en) “Economic Growth and cheap oil” - http://www.cge.uevora.pt/aspo2005/abscom/ASPO2005_Ayres.pdf

 

Traduction (rapide et partielle) de la 3e partie du rapport

 

(Tout n’a pas été traduit, et la traduction n’est pas professionnelle. Le but est juste de donner à un lecteur non anglophone un aperçu des mesures envisagées).

 

--------

Introduction

 

Cette section offre des options d'actions concrètes qui pourraient être prises dès maintenant afin de réduire la vulnérabilité de Bristol au pic pétrolier. Les options sont donnés en réponse aux vulnérabilités identifiées dans la partie 2.

Les options sont dirigées par l'ensemble suivant de paramètres:

 

  • Ce rapport ne traite que des alternatives connues concernant la planification de la sécurité énergétique. Il peut être tentant de construire des solutions basées sur des technologies et des carburants non encore éprouvés ou commercialement disponibles. On ne sait pas quelles technologies alternatives seront viables dans le court laps de temps dont nous disposons pour prendre des mesures.
  • Tout plan visant à réduire la dépendance au pétrole doit inclure des réductions urgentes et importantes de la consommation globale d'énergie, car il n’y a pas de carburant pouvant se substituer simplement à la demande actuelle.
  • [...]

 

Options pour l'action

  1. Acceptation : Reconnaître publiquement le pic pétrolier comme une menace. Adopter une résolution pour prendre des mesures maintenant afin d’atténuer les conséquences du pic pétrolier.
  2. Leadership: Mettre en place une équipe intersectorielle, avec un budget, pour faire avancer les travaux.
  3. […].

EDAP.jpg  

Idées à considérer :

La planification de la ville

 

  • Concevoir et mettre en œuvre, à Bristol, un plan de réduction de la consommation de pétrole de 50% en 2020. Définir ensemble des objectifs de réduction de la consommation d'énergie, veiller à ce que la consommation de pétrole ne soit pas compensée par d'autres sources d’énergie.
  • Créer un ensemble d’indicateurs de résilience au pic pétrolier pour aider à la planification des actions et mesurer le succès.

 

Atténuation de l’urgence

 

  • Augmenter la résilience aux pénuries en pétrole en doublant [bunkered fuel supplies]
  • Travailler avec les communautés pour informer le public et renforcer la résilience aux situations d'urgence causées par le pic pétrolier et le changement climatique.

 

Planification urbaine

 

  • Développer l'évaluation des risques relatifs au pic pétrolier en incorporant des critères dans les la planification des politiques. Réviser les futurs scénarios et construire de nouveaux scénarios prenant en compte le prix du carburant et l’augmentation des coûts de construction et de fonctionnement.
  • Veiller à ce que la politique d'aménagement protège les bonnes terres agricoles et les forêts autour de la ville et dans la région.
  • Ajouter des exigences d’espace minimum pour des jardins ou des lots aux exigences de planification des nouveaux bâtiments, basé sur des recherches concernant ce qui sera nécessaire de produire comme nourriture par habitant pour satisfaire les objectifs alimentaires de la ville. Rechercher des moyens d'ajouter de l'espace par l'intermédiaire de jardins sur les balcons, les toits, etc
  • [...]
  • Travailler avec les communautés d’habitants sur les programmes de planification, pour adapter les quartiers existants aux critères de résilience au Peak Oil.

 

Transport et Mobilité

 

  • Donner la priorité aux projets de transport qui seront le plus rapidement à même de répondre aux objectifs de mobilité, sans utilisation de carburants pétroliers. Examiner et restructurer les plans de dépenses courants, annuler les projets qui ne remplissent pas ces critères.
  • Définir une politique des transports donnant la priorité à la marche, au vélo et au transport public, en augmentant le pourcentage de financement annuel de ces domaines. Entreprendre un programme de changement à la fois des infrastructures et de la gestion du trafic règlement. Inclure des mesures douces de réduire l'utilisation des voitures de 50% d'ici à 2015.
  • Garantir un programme de financement pour le vélo pendant les 10 années au-delà de 2011, avec un objectif d’augmentation des cyclistes réguliers à 70%.
  • Diversifier les carburants de première nécessité pour les services publics, les transports publics et taxis
  • Donner la priorité au développement d'un système de fret durable pour les biens essentiels, pour réduire le transport routier de 50% d'ici à 2020. Planifier un train de banlieue avec un hub d'échange rivière / route et des entrepôts et zone industrielle adjacent
  • [...]

 

Construire la résilience des communautés et protéger les personnes vulnérables

 

  • Appuyer les initiatives communautaires qui travaillent sur la résilience, via le financement et la publicité [...]
  • Soutenir les bénévoles et appuyer les initiatives communautaires qui assurent la formation et l’information, les soutenir en fournissant gratuitement des espaces ou des locaux.
  • Fixer des normes et mettre en œuvre une planification des risques publics, pour lutter contre les effets d'une hausse rapide du chômage, du carburant et de la pauvreté alimentaire.

 

Construire un système alimentaire durable

 

  • Travailler avec autorités avoisinantes pour allouer les terres agricoles de qualité dans la région.
  • Travailler avec les avec autorités avoisinantes pour mettre en œuvre des politiques et des initiatives qui appuient les agriculteurs locaux et permettre une transition vers des systèmes agricoles durables.
  • Faciliter le transport, les installations et les initiatives permettant aux producteurs locaux et aux détaillants d’amener leur produits aux marchés. Cela peut comprendre la création d'installations de transformation locale de la viande et les produits laitiers.
  • Fixer un objectif de 50% d’approvisionnement local pour l’alimentation du secteur public en 2012
  • Appuyer la recherche et l'expérimentation de systèmes agricoles non basés sur le pétrole.
  • Rechercher des business model pour l’élevage, la transformation alimentaire, le stockage et la vente pour une économie alimentaire relocalisée. 2570345751 212030bcf2
  • Changer la politique d'aménagement du territoire pour faciliter la création de d’avantage de fermes et jardins potagers urbains.
  • Fixer un objectif pour Bristol de fournir 50% de ses fruits et légumes à partir de production urbaine en 2020. Des objectifs pourraient également être fixée pour les œufs et d'autres aliments.
  • Lancer un programme de prise de conscience de l'importance d’une alimentaire durable dans le grand public, en veillant à ce qu’il ne soit pas juste considéré comme un style de vie des classes moyennes.
  • Soutenir et promouvoir l'éducation sur la culture, le stockage et la préparation des aliments. Développer des formations en agriculture durable et des entreprises pour équiper une nouvelle génération d’ agriculteurs.

 

Construire une économie durable

 

  • Informer et soutenir les entreprises pour implémenter la sécurité énergétique et la planification du risque de pic pétrolier.
  • Mettre en œuvre des programmes visant à encourager la création de buziness model à faible énergie.
  • Promouvoir et soutenir une économie de biens et services produits localement au travers de [rent and rate holidadays] et de monnaie locale.
  • Concentrer le soutien et l'investissement sur des secteurs économiques qui concourent à un avenir durable, notamment concernait les énergies renouvelables, la production et la transformation alimentaire, la production textile et de fabrication, la fabrication et la réparation de moyens de transport durables, la construction et la fabrication efficiente en énergie faisnat usage de l'adaptation, la réparation et la réutilisation
  • Établir des liens entre les entreprises pour recycler les déchets.
  • Entreprendre un examen des secteurs économiques de Bristol les plus vulnérables au pic pétrolier, et adapter les compétences de ces secteurs avec les compétences requises à une économie durable.
  • Étudier la création d'une monnaie locale, aux côtés de la livre, pour recycler l’argent à l’intérieur de la cité.
  • [...]
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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 16:00

Meadows_Speech.jpg

Cette interview a été réalisée par Karine Le Loët et publiée sur le site terraeco.net le 29 mai 2012. Nous vous la présentons ici afin de développer une prise de conscience lucide des défis de notre époque.

 

Cette lucidité est nécessaire si nous voulons être en mesure de mettre en place des solutions adaptées, positives et à une échelle suffisante. Ces informations renforcent également l'importance de développer la capacité de nos villes et territoires à résister aux chocs, à partir de projets positifs portés par les citoyen(ne)s.

Et ça marche ! Modestement, des groupes de citoyens ordinaires ont déjà commencé le changement dans la pratique. Avec plus de 1000 initiatives inscrites sur le réseau international en moins de 6 ans, le mouvement des initiatives de transition est une expérimentation humaine à très grande échelle parmi les plus dynamique de ces dernières années. 

La croissance perpétuelle est-elle possible dans un monde fini ?

Il y a quarante ans déjà, Dennis Meadows et ses acolytes répondaient par la négative. Aujourd’hui, le chercheur lit dans la crise les premiers signes d’un effondrement du système.

 

En 1972, dans un rapport commandé par le Club de Rome, des chercheurs de l’Institut de technologie du Massachusetts (MIT) publient un rapport intitulé « Les limites de la croissance ». Leur idée est simple : la croissance infinie dans un monde aux ressources limitées est impossible. Aussi, si les hommes ne mettent pas fin à leur quête de croissance eux-mêmes, la nature le fera-t-elle pour eux, sans prendre de gants.

 

En 2004, le texte est, pour la deuxième fois, remis à jour. Sa version française vient – enfin – d’être publiée aux éditions Rue de l’échiquier. En visite à Paris pour présenter l’ouvrage, Dennis Meadows, l’un des auteurs principaux, revient sur la pertinence de projections vieilles de quarante ans et commente la crise de la zone euro, la raréfaction des ressources et le changement climatique, premiers symptômes, selon lui, d’un effondrement du système.

 

Une interview de Dennis Meadows

 

 

 

L'article de Terra Eco 

livre_limitesdelacroissance-226x300.jpgTerra eco : Vous avez écrit votre premier livre en 1972. Aujourd’hui la troisième édition – parue en 2004 – vient d’être traduite en français. Pourquoi, selon vous, votre livre est encore d’actualité ?

Dennis Meadows : A l’époque, on disait qu’on avait encore devant nous quarante ans de croissance globale. C’est ce que montrait notre scénario. Nous disions aussi que si nous ne changions rien, le système allait s’effondrer. Pourtant, dans les années 1970, la plupart des gens estimait que la croissance ne s’arrêterait jamais.

 

C’est aujourd’hui que nous entrons dans cette période d’arrêt de la croissance. Tous les signes le montrent. Le changement climatique, la dislocation de la zone euro, la pénurie d’essence, les problèmes alimentaires sont les symptômes d’un système qui s’arrête. C’est crucial de comprendre qu’il ne s’agit pas de problèmes mais bien de symptômes. Si vous avez un cancer, vous pouvez avoir mal à la tête ou de la fièvre mais vous ne vous imaginez pas que si vous prenez de l’aspirine pour éliminer la fièvre, le cancer disparaîtra. Les gens traitent ces questions comme s’il s’agissait de problèmes qu’il suffit de résoudre pour que tout aille bien. Mais en réalité, si vous résolvez le problème à un endroit, la pression va se déplacer ailleurs. Et le changement ne passera pas par la technologie mais par des modifications sociales et culturelles.

 

Comment amorcer ce changement ?

Il faut changer notre manière de mesurer les valeurs. Il faut par exemple distinguer la croissance physique et de la croissance non physique, c’est-à-dire la croissance quantitative et la croissance qualitative. Quand vous avez un enfant, vous vous réjouissez, au départ, qu’il grandisse et se développe physiquement. Mais si à l’âge de 18 ou 20 ans il continuait à grandir, vous vous inquiéteriez et vous le cacheriez. Quand sa croissance physique est terminée, vous voulez en fait de la croissance qualitative. Vous voulez qu’il se développe intellectuellement, culturellement.

 

Malheureusement, les hommes politiques n’agissent pas comme s’ils comprenaient la différence entre croissance quantitative et qualitative, celle qui passerait par l’amélioration du système éducatif, la création de meilleurs médias, de clubs pour que les gens se rencontrent… Ils poussent automatiquement le bouton de la croissance quantitative. C’est pourtant un mythe de croire que celle-ci va résoudre le problème de la zone euro, de la pauvreté, de l’environnement… La croissance physique ne fait aucune de ces choses-là.

 

Comment se libérer de notre dépendance à la croissance, aux énergies fossiles... Comment faciliter le changement pour nous et aussi pour nos proches, notre famille, nos amis ?

Ces questions et des pistes de réponse seront à l'ordre du jour de la soirée théma-transition sur le changement.

Pourquoi les hommes politiques s’entêtent-ils dans cette voie ?

Vous buvez du café ? Et pourtant vous savez que ce n’est pas bon pour vous. Mais vous persistez parce que vous avez une addiction au café. Les politiques sont accros à la croissance. L’addiction, c’est faire quelque chose de dommageable mais qui fait apparaître les choses sous un jour meilleur à courte échéance. La croissance, les pesticides, les énergies fossiles, l’énergie bon marché, nous sommes accros à tout cela. Pourtant, nous savons que c’est mauvais, et la plupart des hommes politiques aussi.

 

index.jpgIls continuent néanmoins à dire que la croissance va résoudre la crise. Vous pensez qu’ils ne croient pas en ce qu’ils disent ?

Prenons l’exemple des actions en Bourse. Auparavant, on achetait des parts dans une compagnie parce qu’on pensait que c’était une bonne entreprise, qu’elle allait grandir et faire du profit. Maintenant, on le fait parce qu’on pense que d’autres personnes vont le penser et qu’on pourra revendre plus tard ces actions et faire une plus-value. Je pense que les politiciens sont un peu comme ça. Ils ne pensent pas vraiment que cette chose appelée croissance va résoudre le problème mais ils croient que le reste des gens le pensent. Les Japonais ont un dicton qui dit : « Si votre seul outil est un marteau, tout ressemble à un clou. » Si vous allez voir un chirurgien avec un problème, il va vous répondre « chirurgie », un psychiatre « psychanalyse », un économiste « croissance ». Ce sont les seuls outils dont ils disposent. Les gens veulent être utiles, ils ont un outil, ils imaginent donc que leur outil est utile.

 

Pensez-vous que pour changer ce genre de comportements, utiliser de nouveaux indicateurs de développement est une bonne manière de procéder ?

Oui, ça pourrait être utile. Mais est-ce ça qui résoudra le problème ? Non.

 

Mais qu’est-ce qui résoudra le problème alors ?

Rien. La plupart des problèmes, nous ne les résolvons pas. Nous n’avons pas résolu le problème des guerres, nous n’avons pas résolu le problème de la démographie. En revanche, le problème se résoudra de lui-même parce que vous ne pouvez pas avoir une croissance physique infinie sur une planète finie. Donc la croissance va s’arrêter. Les crises et les catastrophes sont des moyens pour la nature de stopper la croissance. Nous aurions pu l’arrêter avant, nous ne l’avons pas fait donc la nature va s’en charger. Le changement climatique est un bon moyen de stopper la croissance. La rareté des ressources est un autre bon moyen. La pénurie de nourriture aussi. Quand je dis « bon », je ne veux pas dire bon éthiquement ou moralement mais efficace. Ça marchera.

 

Mais y-a-t-il une place pour l’action ? La nature va-t-elle corriger les choses de toute façon ?

En 1972, nous étions en dessous de la capacité maximum de la Terre à supporter nos activités, à 85% environ. Aujourd’hui, nous sommes à 150%. Quand vous êtes en dessous du seuil critique, c’est une chose de stopper les choses. Quand vous êtes au-delà, c’en est une autre de revenir en arrière. Donc oui, la nature va corriger les choses. Malgré tout, à chaque moment, vous pouvez rendre les choses meilleures qu’elles n’auraient été autrement. Nous n’avons plus la possibilité d’éviter le changement climatique mais nous pouvons l’atténuer en agissant maintenant. En réduisant les émissions de CO2, l’utilisation d’énergie fossile dans le secteur agricole, en créant des voitures plus efficientes… Ces choses ne résoudront pas le problème mais il y a de gros et de petits effondrements. Je préfère les petits.

 

pisameadows2 Vous parlez souvent de « résilience ». De quoi s’agit-il exactement ?

La résilience (un des principes à la base des initiatives de transition) est un moyen de construire le système pour que, lorsque les chocs arrivent, vous puissiez continuer à fonctionner, vous ne vous effondriez pas complètement. J’ai déjà pensé à six manières d’améliorer la résilience. La première est de construire « des tampons ». Par exemple, vous faites un stock de nourriture dans votre cave : du riz, du lait en poudre, des bocaux de beurre de cacahuète… En cas de pénurie de nourriture, vous pouvez tenir plusieurs semaines. A l’échelle d’un pays, c’est par exemple l’Autriche qui construit de plus gros réservoirs au cas où la Russie fermerait l’approvisionnement en gaz. Deuxième chose : l’efficacité. Vous obtenez plus avec moins d’énergie, c’est ce qui se passe avec une voiture hybride par exemple… ou bien vous choisissez de discuter dans un café avec des amis plutôt que de faire une balade en voiture. En terme de quantité de bonheur par gallon d’essence dépensé, c’est plus efficace. Troisième chose : ériger des barrières pour protéger des chocs. Ce sont les digues à Fukushima par exemple. Quatrième outil : le « réseautage » qui vous rend moins dépendant des marchés. Au lieu d’employer une baby-sitter, vous demandez à votre voisin de garder vos enfants et en échange vous vous occupez de sa plomberie. Il y a aussi la surveillance qui permet d’avoir une meilleure information sur ce qu’il se passe. Enfin, la redondance qui consiste à élaborer deux systèmes pour remplir la même fonction, pour être prêt le jour où l’un des deux systèmes aura une faille. Ces six méthodes accroissent la résilience. Mais la résilience coûte de l’argent et ne donne pas de résultats immédiats. C’est pour cela que nous ne le faisons pas.

 

Si l’on en croit un schéma de votre livre, nous sommes presque arrivés au point d’effondrement. Et nous entrons aujourd’hui, selon vous, dans une période très périlleuse…

Je pense que nous allons voir plus de changement dans les vingt ans à venir que dans les cent dernières années. Il y aura des changements sociaux, économiques et politiques. Soyons clairs, la démocratie en Europe est menacée. Le chaos de la zone euro a le potentiel de mettre au pouvoir des régimes autoritaires.

 

Pourquoi ? 

L’humanité obéit à une loi fondamentale : si les gens doivent choisir entre l’ordre et la liberté, ils choisissent l’ordre. C’est un fait qui n’arrête pas de se répéter dans l’histoire. L’Europe entre dans une période de désordre qui va mécontenter certaines personnes. Et vous allez avoir des gens qui vont vous dire : « Je peux garantir l’ordre, si vous me donnez le pouvoir. » L’extrémisme est une solution de court terme aux problèmes. Un des grands présidents des Etats-Unis a dit : « Le prix de la liberté est la vigilance éternelle. » Si on ne fait pas attention, si on prend la liberté pour acquise, on la perd.

 

Référence :

Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers (2004), Les limites de la croissance (dans un monde fini), ed. Rue de l’échiquier, 425 pages.

 

Cette interview a été réalisée par KARINE LE LOËT et publiée sur le site terraeco.net.

 

Autres articles sur le sujet :

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 14:00

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Voici un article au sujet de la récente conférence annuelle de l'Association d'étude du pic du pétrole et du gaz que j'ai découvert hier soir. Les nouvelles méritent d'être découvertes très largement au vu de leur importance et de leur impact très proche et important sur nos vies. Je vous propose de découvrir ces premières informations et on se retrouve pour quelques pistes après l'article.

- Pour Ath en transition, Josué

 


 

Les faits semblent donner raison à l'Association d'étude du pic pétrolier. La production annuelle de pétrole conventionnel a amorcé une décrue depuis 2006, tandis que le baril est à plus de 100 $ en continu depuis un an, situation sans précédent.

 

En ouverture de la conférence de l'ASPO à Vienne (Autriche), le 30 mai, son président, Kjell Aleklett, professeur de physique à l'université d'Uppsala en Suède, en appelle à "déployer un matelas d'amortissage" (NDR : une autre façon de parler de la résilience), car l'atterrissage risque d'être plus brutal que ce qu'annoncent les économistes : "Les lois de la physique sont plus fortes que les lois de l'économie". La production de pétrole - non conventionnel inclus - est entrée depuis 2005-2006 dans une phase de plateau instable. Les cent plus grands champs pétroliers, qui fournissent 45% du brut de la planète, donnent des signes de faiblesse, la taille moyenne des puits est en diminution. Sur le front offshore, les compagnies pétrolières développent des forages de plus en plus profonds, dont l'emblème est la plate-forme de Deep Water Horizon associéedeepwater_horizon.jpg à la tragique marée noire de 2010. Certains forages, comme Jack-2 dans le Golfe du Mexique, atteignent une profondeur équivalente à la hauteur du Mont Everest. Des cimes technologiques sont désormais nécessaires pour aller chercher le précieux liquide.

 

Fin du plateau

 

D'année en année, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a été obligée de revoir ses prévisions à la baisse : dans le World Energy Outlook de 2004, elle annonçait que la production de pétrole atteindrait 121 millions de barils par jour en 2030. Or celle-ci stagne aujourd'hui autour de 85 millions de barils par jour. Dans ses rapports ultérieurs, les chiffres de l'AIE sont sensiblement plus modestes. En 2030, estime aujourd'hui l'Agence, la production mondiale sera d'autant de barils qu'aujourd'hui, mais sur la base de ressources qui restent à découvrir. Entre temps, un décrochage aura eu lieu, car la courbe du pétrole brut aura commencé à décroître. L'ASPO se penche sur cet écart entre les découvertes hypothétiques et la déplétion réelle des plus grands champs pétroliers et gaziers de la planète.

 

Quand ce décrochage aura-t-il lieu ? Selon le physicien américain Robert Hirsch, ancien directeur de la prospection pétrolière chez Exxon, l'événement est imminent : il aura lieu autour de 2013-2015. A ce moment-là, le plateau instable des énergies fossiles arrivera à son terme, et entamera une décrue de 5 à 7% par an, dont les effets sur l'économie mondiale seront immédiatement sensibles. La courbe de la production de pétrole descendra d'autant plus rapidement que les grands pays dits émergents voudront augmenter leur consommation d'énergie. Le monde, dont l'énergie est fournie à 85% par les fossiles, sera confronté à des turbulences et des tensions comparables à celles qui ont accompagné les chocs pétroliers de 1973 et de 1980. A ceci près que, cette fois, il s'agit d'une évolution géologique irréversible et non pas d'une décision provisoire des pays de l'OPEP de fermer les robinets. Face à une telle urgence, les gouvernements devraient déjà préparer leurs populations à être confrontés à des pénuries.

 

Retrouvez des informations complémentaires concernant la conférence ASPO sur le site de Benoît Thevard, ingénieur conseil en énergie et résilience des territoires :

Nous nous invitons aussi à découvrir le blog de Matthieu Auzanneau (dit "Oil Man"), un journaliste indépendant spécialiste des questions liées au pétrole :

Voici aussi le site de l'ASPO Belgique et pour finir, le site Transition-Energie qui est également une source intéressante d'informations :

Le Peak Oil, sujet tabou

 

L'ASPO a été co-fondée en 2002 par les géologues Jean Laherrère et Colin Campbell, auteurs d'un article remarqué annonçant la fin du pétrole bon marché, publié dans Scientific American en 1998. Cette société savante se fonde sur les données fournies par certaines compagnies pétrolières comme l'annuel BP Statistical Review of World Energy et sur des compilations collaboratives élaborées par des experts et géologues indépendants, tels que Jeremy Gilbert, entré comme ingénieur de production chez BP en 1964 et aujourd'hui directeur d'une entreprise spécialisée dans l'audit pétrolier. Celui-ci regrette qu'en dix ans, l'ASPO n'ait pu obtenir le concours des compagnies pétrolières, alors que le message de l'imminence du pic commence à être perçu par le grand public : "Nous n'avons toujours pas d'accès à des données détaillées sur les champs pétroliers, l'industrie pétrolière refuse de débattre avec nous".

 

Reste que les compagnies pétrolières gardent les données "sous le paillasson", alors qu'il s'agit d'informations cruciales pour l'avenir. La principale source en la matière, l'IHS, détaille l'état de chaque champ et de chaque réservoir de la planète. L'IHS a pris la suite de la société Petroconsultants, première base de données indépendante sur les ressources pétrolières fondée à Genève dans les années soixante. L'IHS est d'usage payant – acquérir la totalité des données de cette base peut coûter jusqu'à un million de dollars. Autant dire qu'elle ne sert qu'aux compagnies elles-mêmes, et à quelques transfuges sachant les décoder.

 

offre-et-demande.jpg Possibles pannes du système

 

Pour sa dixième conférence à Vienne, l'ASPO a invité l'OPEP, sise dans la capitale autrichienne, et l'AIE. Les deux organisations ont décliné l'invitation. C'est que l'ASPO pose des questions gênantes. Les gigantesques quantités d'énergie nécessaires au fonctionnement des sociétés industrielles semblent couler de source, tant elles sont imbriquées dans le système. La plupart des économistes eux-mêmes semblent ne pas prendre en compte cette part physique du système ni anticiper son inéluctable contraction. L'univers de la "Big Energy" est verrouillé et influent. Aux Etats-Unis, selon le professeur de géostratégie Michael Klare, c'est l'industrie pétrolière qui domine traditionnellement la politique et empêche la transition énergétique. Elle sait aussi déployer ce que Jeremy Leggett, spécialiste britannique des énergies renouvelables, estime être une propagande anti pic pétrolier, "faisant passer chaque découverte de champ de gaz de schiste pour un nouveau Qatar".

 

Que se passerait-il si l'ASPO avait raison ? Comment les sociétés réagiront-elles si elles sont plus rapidement confrontées que prévu par les institutions officielles à une flambée du prix du baril, voire à des pénuries qui pourraient avoir des conséquences sur l'approvisionnement à la pompe, sur la chaîne alimentaire, sur les transports et sur

Le rapport du club de Rome actualisé a été traduit en français et est disponible en librairie :

Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers (2012), Les limites à la croissance (dans un monde fini), Editions Broché.

l'ensemble de la production industrielle ?

Pour Dennis Meadows, principal auteur du fameux rapport du Club de Rome Limits to Growth paru en 1972, "nous avons construit un système fondé sur l'assomption de ressources illimitées, et nous commençons à être confrontés aux premières pannes d'approvisionnement, sans vraiment encore prendre la mesure de la dépendance de nos sociétés à l'énergie. A ce stade, nous avons rassemblé suffisamment de données. Maintenant il faut agir".

 

Un article d'Agnès Sinaï sur actu-environnement.com


 

Vous souhaitez en découvrir plus sur ces défi que nous serons amenés à rencontrer, et que nous rencontrons déjà, si vous êtes intéressés par ce que pourrait être un avenir positif avec beaucoup moins de pétrole, si vous avez des difficultés à aborder ces sujets avec vos proches...

Les prochaines activités d'Ath en transition, ouvertes à tou(te)s, vous intéresseront :

 

Pour terminer, rappellons nous que ces défis peuvent inquiéter, mais ils sont aussi des opportunités de construire quelque chose de nouveaux et de préférable au présent, de pouvoir déployer à nouveau l'imagination et la créativité humaine... C'est une possibilité d'être inventif, c'est aussi le début d'une aventure humaine passionante...

 

Et le bout de la route pourrait bien être quelque chose d'extraordinaire, d'inattendu et d'attirant. Avec moins de pression sur les gens et sur les ressources, plus de justice sociale ici et ailleurs dans le monde, des économies plus locales et plus robustes, plus de temps pour nos familles, nos amis, plus de sens dans ce que nous faisons tous les jours...

 

Pour Ath en transition,

Josué

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 20:00

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Cultiver ses propres légumes en ville quand on n’a pas de jardin ?

Oui, c’est possible ! Si vous disposez d’une terrasse ou d’un balcon, 1m² vous suffisent pour développer un premier potager en carré. Beaucoup de condiments ou de légumes peuvent aussi être cultivés en pot.

 

Par exemple, pour favoriser la production d'alimentation saine avec une empreinte carbone faible en ville, Bruxelles Environnement a offert un kit de démarrage "Mon potager facile".

 

Le kit contient:

  • le mode d’emploi pour créer votre bac potager de 1m²;
  • 4 sortes de graines adaptées à ce mode de culture (radis, haricots princesse, bette et roquette).

 

1m², 30 minutes de jardinage/semaine et 10 kg de légumes! C’est tout !

 

Vous pouvez simplement télécharger la brochure explicative du kit "Mon potager facile" (.pdf) et l'info-fiche alimentation Mon potager facile côté cuisine (.pdf).

 

Une lettre d’information contenant des idées de recettes et des conseils supplémentaires pour gérer votre potager sera envoyée chaque mois par Bruxelles Environnement aux personnes ayant reçu le kit. Un exemple à suivre...

 

Pour plus d'informations...

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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 06:00

1980206 56fcd4ec-93dd-11e1-b8bf-00151780182c 640x280 Dans la ville anglaise de Todmorden, à 25 km de Manchester, des messages étonnants fleurissent dans les rues ces derniers mois : « Nourriture à partager » ou « Servez-vous, c’est gratuit ». Dans cette cité de 14000 habitants, victime de la désindustrialisation, les espaces publics ont été métamorphosés en une multitude de jardins potagers.

Ici, on cultive un principe d’entraide et de partage des denrées baptisé Incredible Edible, traduisez Incroyables Comestibles.

 

Incredible Edible (Incroyables Comestibles)

Mise à jour : Le mouvement démarre aussi en Belgique, voir sur www.incredible-edible.info

Tout un tas de légumes, de fruits, de céréales, d’herbes aromatiques… ont ainsi été plantés devant le commissariat de police ou la caserne des pompiers, sur les gazons de l’hôpital, à la gare ferroviaire, ou dans des bacs posés sur les trottoirs. Chaque habitant est invité à entretenir un « bed », un espace de plantation. L’initiative en revient à trois femmes de la commune, dont une consultante et un agent de développement territorial au chômage. L’idée a germé en 2008, alors que la ville était frappée de plein fouet par la crise, que des entreprises et des commerces se voyaient contraints de baisser le rideau. Dans leur QG, le Bear Café, un bistrot coopératif, les trois citadines proposent de prendre le destin de la population en main en imaginant pléthore de jardins communaux, dont les récoltes finiraient dans les assiettes de toute la population.

 

 

 

 

Un projet porté par les habitants et soutenu par les autorités communales

Bingo! Une soixantaine d’habitants acceptent dans la foulée de jouer le jeu et de se retrousser les manches. Les enfants sont associés à cette aventure, à cette « pollinisation du territoire », comme on dit outre-Manche. De la plantation de la graine jusqu’à la récolte, les gamins sont ainsi responsables de leurs cultures, de leurs courges géantes, de leurs carottes ou de leurs fraises, et contribuent ainsi fortement à la réussite du projet. Aujourd’hui, des centaines d’apprentis jardiniers, petits et grands, sont mis à contribution, permettant à la ville de s’approcher de l’autosuffisance alimentaire! Et les personnes trop âgées et celles qui n’ont pas le temps peuvent se servir, l’accès est libre.

 

Le prince Charles est venu à Todmorden pour constater le « miracle » des Incroyables Comestibles. Dans le monde entier, cette démarche révolutionnaire fait aujourd’hui figure de modèle. Chaque semaine, une délégation internationale du Japon, de l’Inde, d’Australie ou du Chili vient en prendre de la graine! Une quarantaine de collectivités du Royaume-Uni, d’Irlande, d’Espagne ou d’Allemagne ont d’ores et déjà rejoint le mouvement (...).

 


Un article de Vincent Mongaillard | Publié le 02.05.2012 sur http://www.leparisien.fr

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 15:00

Cet article est une traduction de l'article « When the experiment fails », de Charlotte Du Cann, publié le 15 mai 2012 sur www.transitionnetwork.org. Cet article nous a semblé très inspirant et apporte une réflexion utile pour les projets de transition.


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Aujourd'hui, je voulais écrire sur la Communication avec les Medias, un outil habile de la deuxième section du Transition Companion. J'avais planifié une exploration pratique sur l'art d'écrire des articles de presse et d'entretenir une relation positive avec la presse et la radio locales. Mais en découvrant,  Becoming the Media – création d'une aperçu de la Presse Libre de la Transition – je suis tombé sur un sujet plus proche, plus intime. Plus urgent selon moi, que de susciter la prise de conscience de nos projets locaux dans la presse généraliste.

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Quand le groupe vacille ? 

 Le titre du second chapitre du "Transition Companion" est " L'Approfondissement" (deepening). Il contient certains aspects plus difficiles de la Transition. Les phases de démarrage des initiatives sont souvent enthousiasmantes et passionnantes. Les gens sont attirés par la rumeur, pleins d'espoir et d'attentes. Ils se lèvent lors des activités et disent ce que nous pourrions faire.

 

La phase d'approfondissement est aussi celle où les projets de transition rencontrent les premières difficultés. Par exemple si les idées et l'imagination à propos de la descente énergétique se révèlent ne pas être conformes à la réalité. De grandes idées fondent parfois comme la neige au soleil.

 

Vous réalisez que vous devez vous entendre avec les personnes présentes pour mettre les projets en pratique. Des luttes de pouvoir peuvent apparaitre lors de cette étape d'approfondissement. Les choses ne se passent pas toujours comme prévu. Certaines personnes quittent et vous laissent tomber. C'est embarrassant car dans votre initiative qui prend son envol, vous ne connaissez pas si bien que ça les participants. Et si le groupe vacille, que faire ?

 

Célébrer les échecs

Célébrer les échecs est peut-être l'ingrédient le moins compris du "Transition Companion". Car nous vivons dans une culture du succès. Peu importe comment nous parlons de perdre au jeu, cela reste perdre. Les gagnants raflent la mise, montent sur le podium couronnés de lauriers, rois du château, les plus gros banquiers du quartier. Personne ne veut être dans l'équipe perdante, au bas de la liste des gagnants. Mais être dans la Transition signifie que nous devons comprendre que cet état d'esprit de gagnant-perdant est un héritage du passé que nous devons transformer.

 

Le futur que nous méritons

Lors de son interview, Shaun Chamberlin a parlé du nouveau livre, The Future We Deserve (Le Future que Nous Méritons), dans lequel 100 auteurs ont écrit 500 mots à propos du titre :

Ce qui est intéressant, c'est le dissensus. La reconnaissance que la Nature ne décide pas par consensus sur la forme de vie idéale avant de la créer. Elle crée simplement et certaines choses fonctionnent et d'autres pas. Et je pense que la Transition suit cette approche du « dissensus » - nous essayons et n'avons pas un plan universel. Si quelqu'un veut faire quelque chose, il le fait.

Comme Rob l'écrivait sur l'éthique punk (voici trois cordes, créez un groupe) : voici trois ingrédients, démarrez une initiative de transition. C'est cette énergie créative qui sous-tend le dissensus. Laissons certains des projets que nous entreprenons réussir et d'autres mourir, et ne pensons pas que tout ce que nous faisons doit réussir.

 

Pas de perte ni d'échecs

Dans un cadre créatif, on essaie tout ce qui passe par la tête. On débute avec l'idée de communiquer quelques conseils clés mais ensuite, une idée plus pressante nous passe par la tête. On change donc de direction.

Dans la perspective créative, tout est matériau. Il n'y a pas de perte ni d'échec. On façonne son pot à partir de la boue, l'argile tombe par terre, on balaie et réutilise une autre fois. Rien n'est perdu. Tout est compost dont nous avons besoin – ces événements passés, ces réunions, forums ouverts, feuilles de notes, etc... Nous avons besoin que tout cela devienne compost pour nourrir les belles fleurs du futur.

 

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Dans la phase d'approfondissement, toutes les attentes à propos de ce à quoi la vie devrait ressembler sont rassemblées pour être examinées. Et il est sage de savoir que la Transition n'est pas du tout ce que vous croyez que cela devrait être.

 

A cette étape, des gens quittent et blâment la Transition de ne pas être à la hauteur de leurs brillantes idées. Ils ne sont pas prêts à abandonner leurs systèmes de défense ou leurs styles de vie. Ce n'est pas l'échec de la Transition, mais le défi de notre société. Nous ne vivons pas avec le pot de peinture sale du dissensus, nous vivons avec des idéaux purs et agréables de la pensée, et le champ de bataille vicieux de la volonté : "Je fais à ma façon. Publiez cet email et soyez maudits".

 

Si nous avions du cœur, nous réaliserions que tout ce que nous faisons dans la Transition est de créer un futur qui n'est pas apocalyptique, et que dans bien des cas, nous sommes aveugles à ce que cela pourrait être. Nous pressentons le chemin et les échecs nous disent simplement que certains chemins sont ceux que nous ne devons pas emprunter. Essayons encore. Focalisons notre attention ailleurs.

Mettre en valeur l'Expérience

115cf6e9a47b25e76cf7ffbd7f95fe35-240x180.jpgVoilà pour la théorie. Mais qu'en est-il de la pratique ?

En 2009, j'ai aidé à organiser la seconde rencontre de Transition Est de Diss, et avant l'événement, j'ai interviewé 29 initiatives par téléphone. J'ai rassemblé toute l'information et je l'ai postée sur un blog régional. J'ai posé à chacun les mêmes questions. Comment cela allait, combien de personnes comptait l'initiative, le genre de ville ou village où ils étaient, etc. Tous ont répondu avec entrain.

 

Je leur ai demandé ensuite : avez-vous des difficultés ? Il y a eu une hésitation et soudainement, un énorme épanchement s'est produit. Dix minutes sont devenues une heure. Jusqu'à ce point, personne n'avait mentionné de difficultés. Nous ne savions pas comment y faire face. Mais la réalité est que les difficultés ne sont pas mauvaises. Elles constituent notre expérience du changement. Elles nous indiquent sur quelles choses nous concentrer, et celles à laisser tomber.

 

La Transition n'est pas juste une bonne action à faire une fois par mois

Trop de ces initiatives n'existent plus. L'initiative dont j'ai fait partie (à Norwich) est l'ombre d'elle-même. Les 14 groupes qui ont commencé de façon aussi enthousiasmante lors de notre "Grand lancement" en 2008 n'existent plus. Le groupe noyau des débuts a disparu. Le groupe Cœur et Âme s'est estompé. En avril, le bulletin mensuel n'a pas été envoyé comme c'était le cas depuis trois ans le premier de chaque mois. Personne ne l'a remarqué. Ou peut-être que si, mais ils n'ont rien dit.

 

Qu'est-ce que cela nous apprend ?

Certains territoires ne sont pas des sols fertiles pour la Transition. Quelque chose cimente le groupe et si à un moment ce ciment se fragilise, le groupe se démantèle. A un certain moment, vous pouvez réalisez que vous devriez plutôt consacrer votre temps et votre énergie à des projets qui vous nourrissent en retour. Et pas seulement parce que vous pouvez le faire et que c'est ce qu'on attend de vous. Vous avez besoin de vous imprégner de l'esprit du temps, d'être parmi des personnes qui comprennent que le projet compte. Que la communication a de l'importance. Que la Transition n'est pas juste un passe-temps, une bonne action à faire une fois par mois. C'est réel et c'est maintenant.

 

Certaines choses sont amères à avaler. Et nous n'aimons pas ce qui est amer, nous préférons les choses douces et sucrées de la vie, les triomphes et les moments joyeux. Mais l'amertume, c'est le goût du cœur. C'est ce qui vous apprend ce qui est bon et ce qui ne l'est pas pour le système. Comment vous grandissez et devenez responsables de vos actions. Comment l'expérience nous apprend à passer d'une attitude moi-contre-eux (ceux qui veulent diriger l'univers)  vers une attitude où on devient des compagnons de tous les êtres de la planète.

 

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Pas de perte. Pas d'échec. Simplement une fête.

La disparition de ces groupes nous raconte que les luttes de pouvoir ne favorisent pas un futur meilleur. Ni d'ailleurs les spiritualités démodée, les hiérarchies de toute sorte, ni l'hostilité ou le contrôle. Ces échecs nous ont appris que nous ne pouvons pas réellement coopter le futur. Il n'appartient ni au Grand Business ni aux institutions, et il glissera hors des prises de l'Empire à chaque tour.

A Norwich, nous avons appris que les Cercles de Transition apportaient un aspect essentiel à la fabrique de la Transition – réduction de l'empreinte de carbone personnelle. Il y a encore un cercle actif qui se réunit, et l'héritage de toute cette grande expérience continue à vivre. Cela se voit dans les pages de commentaires de la Presse Libre de la Transition. Cela se lit aussi dans l'interview de Shaun Chamberlin. Cela a juste pris une autre forme, fonctionnant avec un mix d'autres personnes. Pas de blâme. Pas de perte. Pas d'échec. Simplement une fête.

 

Charlotte Du Cann (Traduction par Olivier, d'Ath en transition)

 

P.S. Il n'y a qu'un seul conseil réel que je voudrais ajouter à l'outil media du "Transition Companion", et c'est ceci : les journalistes sont des personnes, et trouver l'histoire adéquate est ce que nous cherchons véritablement.



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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 09:00

678355.jpgDepuis qu’elle est devenue maraîchère de légumes et fruits bio en 2009, Valérie Carnet tâtonne, expérimente. Au printemps, la jeune femme s’est lancée dans la permaculture. Qu’est-ce que c’est ?

 

C'est l'histoire d'un changement de vie à 180 degrés. Quand elle revient vivre à Saint-Amand, il y a quatre ans, Valérie Carnet a été institutrice en Allemagne puis en Espagne. La jeune femme pense qu'ici aussi, ces diplômes allemands seront reconnus. Que nenni. « J'avais découvert le jardinage en Espagne, se souvient Valérie, j'ai décidé de me lancer dans le maraîchage bio. »

 

En 2009, l'agricultrice toute neuve trouve une parcelle à la Ragotte, à côté du terrain de modélisme de Saint-Amand. L'endroit était jusque-là tondu par un cheval. Sa certification en bio ne pose donc aucune difficulté.

 

Permettre à la terre de maintenir sa fertilité naturelle

En fin d'année 2011, après trois ans d'exploitation agricole, Valérie Carnet constate qu'elle est un peu à l'étroit sur ses 6.000 mètres carrés. « Je manquais de place pour la rotation des cultures. Mais je ne me voyais pas m'agrandir. Car déjà cultiver 6.000 mètres carrés, seule, je peine. Mais en même temps, produire plus était une obligation pour que ma ferme soit vraiment rentable. »

 

Elle en était là de sa réflexion, quand Valérie est tombée sur un magazine de jardinage bio. « Dans un article, je découvre la permaculture. L'article parlait d'un couple en Normandie qui expérimentait cette technique et organisait des stages. »

Ath en transition s'initie à la permaculture dans son potager collectif de transition ainsi qu'au travers de son projet d'Ecolieu.

Ces projets sont ouverts aux personnes intéressées.

« Désormais, le système s'autorégule »

La jeune maraîchère se renseigne, suit un stage et découvre que la permaculture est une philosophie applicable à l'agriculture. Une façon de travailler pour la nature et non contre elle. Que cette technique sous-entend des méthodes de culture qui permettent aux terres de maintenir leur fertilité naturelle.

 

« La permaculture, poursuit la maraîchère, proclame plusieurs principes : prendre soin de la terre ; prendre soin de l'humain ; partager équitablement les ressources. » Elle ajoute : « Un système permaculturel est souvent une déclinaison de ce qui marche dans la nature. Par exemple, dans mon verger, j'ai reproduit le découpage sur trois niveaux de la végétation d'une forêt. En haut, les arbres fruitiers. En végétation intermédiaire, des petits fruits, des noisetiers. Au sol, des vivaces, de la rhubarbe, de la bourrache… Du coup, je n'ai plus besoin de m'occuper de cet endroit. C'est un système qui s'autorégule. »

 

Les buttes sont paillées, cela nourrit la vie microbienne

Afin d'augmenter sa production tout en limitant les intrants (même biologiques) et les arrosages, Valérie Carnet a également adopté la culture en buttes de 50 cm de haut et 1,20 m de large. « Sur ces buttes, je cultive dix sillons au lieu de quatre à plat. Je mélange les légumes. Les végétaux ont plus de place pour les racines. Les buttes sont paillées, cela nourrit une vie microbienne et permet l'arrosage au goutte-à-goutte. Comme la terre vit, je n'ai plus besoin d'apporter d'engrais. Quand je récolte, je coupe et n'arrache plus les légumes. Ainsi les racines restent dans la terre et continuent à nourrir les petites bêtes. Et lorsqu'il pleut les cultures ne sont plus trempées. »

 

Quand on lui dit qu'elle est une exploratrice, Valérie Carnet modère : « J'essaie de m'adapter, d'évoluer. Comme mes clients sont souvent curieux de modes de culture alternatifs, c'est gratifiant. »

 

Un article paru le 3/05/2012 sur : le berry

 

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 14:29

Voici un complément d'information concernant le rapport du Club de Rome. Si ces scientifiques ont raison, ce qui est le cas depuis 40 ans, puisque les prévisions de leurs modèles scientifiques ont été largement confirmées par les faits (crises économiques, énergétiques, épuisement des ressources...), l'importance de construire la résilience au niveau local, au niveau des collectivités, est primordiale.

Et si nous le faisons dans la convivialité, le respect et avec une vision réaliste et positive d'un avenir choisi ?

 

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Il y a quelques semaines, le Club de Rome célébrait le quarantième anniversaire de son célèbre rapport (surnommé «Halte à la croissance?»), dit aussi Rapport Meadows, du nom de son principal rédacteur. Ce rapport avait été présenté au public le 1er mars 1972, à partir d’une commande faite par le même Club de Rome (créé en 1968) au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1970.

 

Cette célébration a donné lieu à un symposium le 1er mars 2012, dont les conclusions sont présentées sur le site du Club de Rome. Dans le même temps, un des organisme en charge du rapport, le Smithsonian Institution, rend public une version actualisée pour 2012 du rapport de 1972. Il s’agit, en fait d’un second rapport, utilisant la même méthodologie que le premier, avec les mêmes acteurs, le Club de Rome commanditaire et le MIT exécutant. Les instruments d'analyse ont cependant été modernisés, pour tenir compte des importants progrès accomplis dans les méthodes d'observation et de prévision.

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Le point essentiel, que tous les gouvernements, que toutes les entreprises, tout les média auraient du noter, est que le rapport de 2012 confirme celui de 1972. Celui-ci donnait soixante ans au système économique mondial pour s'effondrer, confronté à la diminution des ressources et à la dégradation de l’environnement. La situation est confirmée par la formule du Smithsonian Magazine, «The world is on track for disaster…», autrement dit, “tout se déroule comme prévu pour que survienne le désastre”.

 

Ce désastre, comme le résume le physicien australien Graham Turner, qui a succédé à Dennis Meadows comme rédacteur coordonnateur, découlera du fait que, si l'humanité continue à consommer plus que la nature ne peut produire, un effondrement économique se traduisant pas une baisse massive de la population se produira aux alentours de 2030.

 

Le désastre n'est donc plus loin de nous, mais tout proche. 2020 est d'ailleurs considéré par certains experts comme une date plus probable. L'effondrement pourrait se produire bien avant 2030. Autrement dit tous les projets envisagés pour le moyen terme de 10 ans seraient impactés, voire rendus inopérants. Les rapporteurs font cependant preuve d'optimisme, en écrivant que si des mesures radicales étaient prises pour réformer le Système, la date buttoir pourrait être repoussée.

 

Rien ne sera fait

Mais nous devons pour notre part considérer, y compris en ce qui concerne nos propres projets, collectifs ou individuels, qu'aucune de ces mesures radicales ne seront prises. Le système économico-polirique, selon nous, ne peut se réformer. Ce sont en effet les décisions des gouvernements, des entreprises et des médias qui convergent pour que tout continue comme avant, business as usual, ceci jusqu'au désastre. Une petite preuve peut en être fournie par le fait que pratiquement aucune publicité n'a été donnée par aucun des acteurs que nous venons d'énumérer à la publication de cette seconde version du Rapport.

 

Insistons sur le fait que ce n'est pas seulement le réchauffement global qui est incriminé par les rapporteurs, mais plus généralement l’épuisement des ressources et, au-delà, d’une façon plus générale, le saccage catastrophique de l’environnement sous toutes ses formes, autrement dit “la destruction du monde”. Pour l'empêcher, il ne faudrait pas seulement réduire notre production de gaz à effets de serre, mais s'imposer une décroissance radicale, à commencer par celle qui devrait être mise en oeuvre dans les pays riches, qui sont les plus consommateurs et les plus destructeurs.

 

Vains espoirs. Il suffit de voir comment, lors des élections françaises de cette année, la question a été évacuée des enjeux politiques. Dans le même temps, on envisage sérieusement de relancer la recherche des gaz de schistes et d'entreprendre des forages profonds en Méditerranée...Petit exemple, car des mesures autrement plus dangereuses se préparent en Arctique et ailleurs.

 

Les opinions publiques se rassureront en faisant valoir que si ce nouveau rapport n'est pas discuté, si des milliers d' « experts » de tous ordres ne le mentionnent pas, c'est parce qu'il est le produit d'un étroit groupe de pression comptant sur le catastrophisme pour prospérer.

 

Nous pensons pour notre part que certains décideurs, discrets mais influents, prennent au contraire ces prévisions très au sérieux et se préparent, évidemment par la force, à protéger leurs avantages face à la révolte des milliards d'humains qui seront touchés par le futur effondrement.(...)

 

La suite sur  http://blogs.mediapart.fr

 

08 Avril 2012 Par Jean-Paul Baquiast

 

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